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Critiques / Opéra & Classique

Street Scene de Kurt Weill et Elmer Rice

par Caroline Alexander

Attente et déception

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Il y a deux ans l’Atelier Lyrique de l’Opéra National de Paris, noyau actif pour le perfectionnement de jeunes chanteurs, présentait à l’Amphithéâtre Bastille, sous forme raccourcie, un opéra de Kurt Weill jusqu’alors inconnu des scènes parisiennes (voir WT du 22 décembre 2010 ).

Une découverte qui a laissé des ondes dans la mémoire, ondes musicales, ondes visuelles, ondes sociales d’un univers où le rêve américain trébuche dans les caniveaux du Lower East Side de New York, le quartier des démunis, des émigrés de toutes les couleurs, accourus des quatre coins du globe. Le spectacle si joliment réalisé, si bien chanté mettait en appétit. Alors quand le Châtelet annonça une version complète venue de Londres vie le Watford Palace et le Young Vic Theatre, la curiosité se mêlait de plaisir anticipé. La déception en fut d’autant plus cuisante.

La musique qui semblait si prometteuse, ses airs qui avaient charmé – Somehow I never could believe, Lonely House, – sont noyés dans le fatras sonore d’un orchestre planté sur la scène sans aucune justification dramatique et d’une sonorisation des voix excessive et mal équilibrée.

Ce premier « opéra américain » de Kurt Weill (1900-1950), juif allemand refugié aux Etats Unis pour échapper aux délires racistes des nazis, fut composé en 1947 en hommage à son pays d’accueil. Il y injecta les traces des musiques de son temps, celles catégorisées « classiques » - Puccini, Wagner – celles du jazz, de la comédie musicale, des chansons fredonnées sur les trottoirs. Aucune n’atteint pourtant le niveau de ses propres chefs d’œuvre, ses impérissables Opéra de Quat’ Sous, Grandeur et Décadence de la ville de Mahagonny ou Sept péchés capitaux. Mais on pouvait leur frotter les joues, leur donner des couleurs et du swing.

Mission non accomplie par le metteur en scène John Fulljames et le chef Tim Murray à la tête d’un orchestre Pasdeloup qui fait ce qu’il peut. Pourquoi l’avoir juché sur le plateau, scindé en deux groupes, en dessous et au-dessus de deux rampes d’escaliers qui font figure d’unique décor ? Rien d’autre que ces rampes et ces marches à la verticale pour suggérer le petit monde en désarroi de ces « scènes de rue » chez les pauvres de Manhattan où la vie hoquette entre espoir et désillusion, où la misère filtre à travers les ragots, où les passions s’exacerbent jusqu’au crime dans la moiteur de l’été. Alors que les amours, les passions, les jalousies, les dessous trop lisses d’un fait divers criminel devraient nous attendrir, malgré la présence, le jeu, le chant d’interprètes habités par le pittoresque de leurs personnages, malgré la réussite de quelques numéros dansés, on s’ennuie. Tristement.

Street Scene de Kurt Weill, livret d’Elmer Rice d’après sa pièce éponyme. Orchestre Padeloup direction Tim Murray, choeur du Châtelet, maîtrise de Paris, mise en scène John Fulljames, chorégraphie Arthur Pita, décor Dick Bird, lumières Jon Clark. Avec Geof Dolton, Sarah Redgwick, Susanna Hurrell, Pablo Cano Carciofa, Paul Featherstone….

Théâtre du Châtelet, du 25 au 31 janvier 2013 à 20h

01 40 28 28 40 – www.chatelet-theatre.com

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