Du 11 au 21 mars 20h, samedi 18h, le jeudi 19 mars 14h30 et 20h, au Théâtre de L’Echangeur- Bagnolet.

Le Projet Barthes d’après La Préparation du roman de Roland Barthes, version scénique, scénographie et mise en scène Sylvain Maurice.

Vivre en littérature, écrire un roman et rêver.

Le Projet Barthes d'après La Préparation du roman de Roland Barthes, version scénique, scénographie et mise en scène Sylvain Maurice.

Avec la création du Projet Barthes, Sylvain Maurice et Vincent Dissez poursuivent leur recherche sur le monologue, initiée à travers Réparer les vivants de Maylis de Kérangal et Un jour je reviendrai  de Jean-Luc Lagarce. Les voilà réunis avec un bonheur renouvelé pour un texte de l’auteur de Fragments d’un discours amoureux - soit l’exploration du concept délicat, insaisissable et subtil de littérature entre écriture, lecture, fiction et réalité…

Le samedi matin de deux hivers successifs 1979 et 1980, le conférencier du Collège de France s’épanche sur «  La préparation du roman  ». Critique littéraire, sémiologue, Roland Barthes n’en rêve pas moins d’écrire une fiction, un roman manière proustienne d’ A la recherche du temps perdu.

Les notes libres sur lesquelles le théoricien s’appuie relèvent de l’oralité - adresse à l’autre, à la fois simple et sincère, infiniment juste, théâtrale encore dans cette écoute rare d’une pensée vivante qui se réjouit du plaisir littéraire.

Par l’entremise de la mise en scène de Sylvain Maurice et le jeu de Vincent Dissez advient l’enchantement d’une parole, son envoûtement, sa fascination exercée aussi dans l’humour. La littérature est une passion sublime, qui fait rêver celui qui s’y adonne à une Vita Nova dantesque, à une renaissance. 

Le 15 avril 1978, en vacances au Maroc, le penseur se laisse aller à une « marinade », réflexion approximative à la Flaubert : de là naît sa « conversion littéraire » - entrer en littérature et en écriture : l’« Illumination » et la joie à se consacrer à la plénitude d’une tâche articulée au présent. Et assumant les idéologies sociales, le texte littéraire relève encore du ludique, de la gratuité, du jeu, de l’imaginaire.

La promenade mentale pour le spectateur de théâtre est savoureuse, frayant avec Kafka, Mallarmé…, émaillée d’à-côtés d’ordre privé jusque-là retenus par le diseur, à travers le recours à des images populaires d’ordre pratique, telle la préparation de la mayonnaise qui « prend » ou pas. A travers aussi les concepts techniques horticoles du marcottage des plantes, mimant l’arc du plant d’un fraisier qui en donnera plus loin un autre, tel un encorbellement répété aux tiges souples. Aussi Proust (A la recherche…) fait-il revenir de la même façon, à intervalles, tel un arceau botanique, tel personnage qu’on croyait défini mais qui diffère ensuite. Charlus est présenté comme l’amant d’Odette, mais se révélera au cours de la lecture le modèle de l’homosexuel.

Un voyage intense en littérature, un concept qui paradoxalement s’attache à la vie, au réel, sans artifice narratif ni insincérité ni mensonge, mais avec sentiment. Le « Et tout le reste est littérature » de Verlaine est en porte-à-faux avec le regard de Kafka et celui de Barthes aux antipodes : « Tout ce qui n’est pas littérature m’ennuie, et je le hais. » ( Journal, Kafka, 21 août 1913). 
.
Ecouter le convaincant Vincent Dissez parler d’ordre et de structure, évoquer l’anecdote et le factuel, comme effets de réel et de vérité, laisse le public en émoi dans l’attente du déroulé patient de ce qui apparaît comme de la prose poétique. L’acteur se lève de sa chaise, soupirant, et moqueur, rangeant son fouillis créateur, l’un des rares croyants en la littérature, ces exilés sociaux usant des mots écrits tels des allers-retours salvateurs entre soi et le monde.

« Quand soudain, au milieu des jeux ou des leçons, il pensait à la lettre qu’il allait écrire le soir venu, c’était pour lui comme s’il portait au bout d’une chaîne invisible une clé d’or grâce à laquelle, quand personne ne ferait plus attention, il pourrait ouvrir le portail de fabuleux jardins. » (Robert Musil, Les Désarrois de l’élève Törless, traduction Philippe Jaccottet).

Le Projet Barthes d’après La Préparation du roman de Roland Barthes, version scénique, scénographie et mise en scène Sylvain Maurice, avec Vincent Dissez, lumière Rodolphe Martin, son Jean De Almeida, régie Daniel Ferreira. Du 11 au 21 mars 20h, samedi 18h, le jeudi 19 mars 14h30 et 20h, au Théâtre de L’Echangeur- Bagnolet. Du 4 au 23 juillet 2026, Festival Off Avignon, Théâtre du Train Bleu. Titre Provisoire, Compagnie Sylvain Maurice.
Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

A propos de l'auteur
Véronique Hotte

Laisser un message

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

S'inscrire à notre lettre d'information
Commentaires récents
Articles récents
Facebook