Du 15 au 17 avril 2026, représentations scolaires le 16 avril à 10h30 et à 14h, le 17 avril à 14h et à 19h. Tout public à partir de 7 ans, dans le cadre du Pavillon jeune public Super Super #2, au Théâtre de La Commune d’Aubervilliers, Centre dramatique national.

Buchettino, mise en scène Chiara Guidi, décor et ambiance sonore Romeo Castellucci.

Le plaisir de ré-entendre et de vivre par procuration auditive le bel effroi.

Buchettino, mise en scène Chiara Guidi, décor et ambiance sonore Romeo Castellucci.

La Societas, célèbre compagnie italienne de théâtre d’avant-garde, s’arrête sur la puissance imaginative des enfants. Cette version du Petit Poucet, proposée par les Castellucci et Chiara Guidi, est une expérience sensorielle à l’intensité rare. Un moment partagé pour petits et grands qui ravive le plaisir des histoires du soir, lorsque les bords du monde se confondent avec ceux de la couette. Et que l’on frémit à l’écoute des bruits magiques du dehors.

Buchettino est le nom du Petit Poucet dans une vieille version italienne du fameux conte retranscrit en France par Charles Perrault. Créé en 1995 par Chiara Gudi, le spectacle - une invention visionnaire - invite les spectateurs, petits et grands, à s’aventurer dans l’imagination à travers l’écoute sonore et narrative. Buchettino vit depuis trente ans dans différentes parties du monde, toujours neuf, toujours vif, et diffusant les mêmes émotions - effroi et peur.

Le public pénètre dans le clair-obscur d’une pièce tapissée d’écorces et de graviers, petite cahutte ou maison de bois façon Blanche-Neige et les Sept Nains, avec ses lits superposés, chauds et rassurants. La narratrice solaire y accueille les enfants et « ceux qui ne peuvent s’endormir sans qu’on leur lise une histoire ». Chacun s’installe dans son lit, remonte la couverture jusqu’au cou ou jusqu’au nez, dans la nuit, à l’écoute de la voix douce et quiète de la conteuse - Maria Bacci Pasello -, assise sur un tabouret, qui tourne régulièrement sur elle-même pour avoir en face d’elle, en cercle, la communauté des enfants, tous tendus vers la diseuse, souriante, confiante ou inquiète, tournant les pages d’un grand livre de contes - bel objet précieux.

Commence l’émerveillement sonore de la vie qui va et de la nature qui bruit, dans le lointain comme dans l’environnement proche, arbres et banches aux feuilles tremblantes, sous le souffle du vent, le frottement de brindilles et les bruits de pas inconnus sur les graviers, et les cris nocturnes évoquant la présence d’une bête ou d’un intrus au coeur de la forêt profonde. Et surgit subrepticement la dimension vague et insaisissable de l’inconnu avec ses mystères et secrets, ses jeux subtils liés à la mémoire de ce conte enfantin.

Buchettino est le plus jeune, le plus faible et le plus malingre des sept enfants : il a pour lui l’intelligence de la réflexion et la clarté du raisonnement. Quand il entend ses parents envisager l’abandon de leurs enfants pour cause de famine et de misère sociale ultime, il a l’intuition de semer des petits cailloux pour que tous retrouvent le chemin qui mène à la maison protectrice. Victoire de ce premier projet salvateur, si ce n’est que la condition familiale ne change pas, le temps passant, et que les mêmes causes - l’impossibilité de se nourrir - produit les mêmes effets : la volonté parentale de se débarrasser des enfants. Or, Buchettino n’a plus accès aux petits cailloux initiaux et doit se contenter des miettes de pain que les oiseaux auront tôt fait de picorer.

Abandon et solitude dans la nuit de toutes les peurs et du vertige des incertitudes, le Petit Poucet conduit enfin ses frères dans une maison imposante, la maison de l’Ogre absent que sa femme et ses filles occupent… L’Ogre, avide de chair fraîche et sanguinolente, ne saurait tarder. Les pas du monstre au-dessus des petites têtes se rapprochent et font trembler la maison, de même la voix sourde et terrifiante du prédateur, coups et sensation précise d’une présence corporelle lourde et terrifiante de laquelle on ne saurait s’échapper. Bucchetino aura recours encore une fois à des subterfuges habiles et efficaces qui terrasseront l’Ogre patriarcal et machiste.

Bruits de bêtes, sonorités animales indicibles, l’auditeur couché imagine et invente malgré lui. Il ne voit rien mais entend tout : deux bruiteurs, invisibles, s’affairent à l’extérieur du dortoir, bâtissant cette architecture sonore, en live. La Bête approche tout près et fait entendre son souffle de prédateur et l’auditeur ne sait comment s’échapper de ce gouffre qui happe tout et tous.

Une expérience théâtrale inédite et créative qui tient entre ses mains celui qui sommeille, imaginant l’impossible, l’improbable, la terreur, loin de toute pitié.

Buchettino, mise en scène Chiara Guidi, décor et ambiance sonore Romeo Castellucci, adaptation Claudia Castellucci, narratrice Maria Bacci Pasello, bruitages Alessandro De Giovanni, Francesca Pambianco,
technicien du son Alessio Ruscelli. Du 15 au 17 avril 2026, représentations scolaires le 16 avril à 10h30 et à 14h, le 17 avril à 14h et à 19h. Tout public à partir de 7 ans, dans le cadre du Pavillon jeune public Super Super #2, au Théâtre de La Commune d’Aubervilliers, Centre dramatique national, du 9 au 17 avril 2026.

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Véronique Hotte

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