Du 6 au 16 juillet, 10h20, Théâtre du Train Bleu, Avignon, Festival Off.
Le cheval qui peint, écriture, chorégraphie, mise en scène Old Masters, Sarah André, Marius Schaffter, Jérôme Stünzi.
Un cheval qui peint et qui bavarde.

La magie des couleurs et des images d’un album enfantin, un univers onirique aux connotations surréalistes animé. Le cheval qui peint est un spectacle esthétique ouvragé. La bête se déplace dans une boite percée d’une fenêtre ronde et d’une porte en plein cintre face au public, d’un carré de lumière à jardin, d’une vasque en hauteur.
La tête apparaît d’abord comme dans un tondo, d’un bleu céruléen se détachant sur des trouées d’oranger. Une tête massive de carton qui scrute le public, l’air narquois. Quand il se déploie, le cheval est un assemblage de trois parties. Les trois manipulateurs se glissent dans l’encolure, le ventre, la croupe du cheval qui devient un être à la fois séparé et articulé sur le plateau. Le jeu des couleurs vives et des mouvements coordonnés des trois parties offrent de jolis saynètes : en avant, en arrière, au pas, au trot, au galop, dissocié ou collé. Une musique raffinée aux couleurs impressionnistes accompagne cette chorégraphie équine. L’effet est très réussi.
Old Master, collectif suisse, a conçu sa métamorphose en cheval en inversant le point de vue anthropologique. Devenir bête pour analyser les hommes et leur comportement face aux autres espèces et à la nature en général. Un procédé souvent employé en littérature, des fabulistes à Orwell, mais que le collectif pousse aussi loin que possible dans l’incarnation. Cela s’accompagne ici d’une joie enfantine. Le jeu des corps qui se glissent dans un autre corps, les jambes qui frétillent sous les pesants cartons, le balai qui devient pinceau. En fait, le cheval reste humain car il est indissociable de ses trois humains dont on voit les cheveux colorés et la dégaine un peu clownesque apparaître brièvement.
C’est un jeu avec les codes et les modes de narration habituels, un jeu avec l’altérité. Old Master revendique comme inspirateurs Roland Dorgelès ( le futur auteur des Croix de bois ) qui monta un canular au Salon des Indépendants de 1908 sous la forme d’un tableau peint par un âne et, de la même époque, Hans le Malin, un cheval allemand qui savait compter. Espérons que ces deux références juste antérieures à la Grande Guerre ne sont pas prémonitoires. Enfin, cela induit que ce cheval qui peint est à demi sérieux et, de fait, il a une difficulté avec la parole qui n’est pas le propre de l’animal.
Si la succession de tableaux est agréable à l’œil, si la mise en place musicale est impeccable, le discours du cheval qui peint et les dialogues entre ses trois composantes quand il retrouve la forme humaine laissent circonspect. De la préparation d’une exposition ou d’une performance dans l’esprit du temps, on passe à des considérations sur la créativité et la liberté de l’artiste, associé à une critique des pouvoirs établis. C’est quelque peu confus et s’accorde peu avec la forme choisie comme si ce cheval ne pouvait se passer de singer la prétention de l’homme qui se sent supérieur à toutes sources de vie.
Il reste un très joli cheval dont la forme tripartite s’inscrit longtemps dans la rétine.
Le cheval qui peint, écriture, chorégraphie, mise en scène Old Masters, Sarah André, Marius Schaffter, Jérôme Stünzi, création lumière Joana Oliviera, création sonore et musique Nicolas Stücklin, scénographie et costumes Jérôme Stünzi et Sarah André, avec Julia Botelho, Anne Delahaye, Marius Schaffter. Du 6 au 16 juillet, 10h20, Théâtre du Train Bleu, 40 rue Paul Saïn, Avignon, festival Off, www.theatredutrainbleu.fr
Crédit photo : Julie Masson.



