Les 8, 9, 10, 11,13, 14, 15, 16, 17, 18, 20, 21, 22, 23 et 24 juillet 2026 au Festival d’Avignon In, spectacle en itinérance.

Hamlet de William Shakespeare, traduction, adaptation, dramaturgie Clément Camar-Mercier, mise en scène Thibault Perrenoud.

Une farce cocasse.

Hamlet de William Shakespeare, traduction, adaptation, dramaturgie Clément Camar-Mercier, mise en scène Thibault Perrenoud.

Le comédien et metteur en scène Thibault Perrenoud officie dans le théâtre avec beaucoup d’enthousiasme et de conviction, nous ne revenons pas sur toutes les oeuvres sur lesquelles il s’est penché avec bonheur. Il conçoit sur la scène en itinérance au Festival d’Avignon l’œuvre emblématique de Shakespeare, Hamlet, endossant le rôle-titre du Prince d’Elseneur. Il repense un espace shakespearien contemporain qui adapterait à notre époque le divertissement exalté du spectateur significatif de l’époque élisabéthaine.

Après l’avoir successivement mis en scène pour quinze, neuf et cinq acteurs, Thibault Perrenoud propose une version hyper-miniaturisée ou passée à la machine de Hamlet, tragédie paradoxalement joyeuse, brute et jubilatoire.

La création, pour le théâtre itinérant, se déploie en trois mouvements de cérémonies empêchées : mariage, théâtre dans le théâtre, funérailles. Traduit avec facétie et un déferlement inépuisable de jeux de mots malicieux et ludiques par Clément Camar-Mercier, cet Hamlet à une actrice et deux acteurs qui traversent les rôles et les sexes, révèle, à l’aune psychanalytique, « folie, filiation, pouvoir, trahison, vertige de vivre et force du théâtre ».

Importent les questions existentielles et les conflits familiaux plutôt que politiques. L’adaptation dévoile le rôle de Gertrude, cœur politique et intime du drame.

Le public est au cœur du dispositif scénique - proximité et peu d’artifices. Soit l’immersion dans un dispositif tri-frontal éclaté, et les spectateurs voient de près les acteurs et la scénographie qui les enserre. Lors de la scène du mariage de Claudius et Gertrude, les spectateurs sont attablés à la table du festin - espace vivant et mouvant. Ensuite, l’épisode du théâtre dans le théâtre, où Hamlet piège la conscience du roi ; enfin, l’enterrement d’Ophélie.

Cette version d’Hamlet est une forme de « théâtre pauvre ». Un dispositif économique et écologique du théâtre en itinérance, pour le regard « neuf » des spectateurs. La question du fameux monologue « Être ou ne pas être » s’arrête sur le suicide : « Doit-on passer à autre chose, ou pas ? L’inconnu, suggère Hamlet, offrira peut-être quelque chose de pire ». Doit-on payer pour le mode de vie de nos pères ou inventer des systèmes moins archaïques, moins patriarcaux ?, se demande de son côté Thibault Perrenoud.

Condensation, nervosité, itinérance, une façon d’aller dans le sens de Shakespeare, aujourd’hui, précise encore le concepteur. Toujours est-il que la mesure s’est perdue en route pour laisser place à une farce cocasse sympa.

Le metteur en scène et acteur Thibault Perrenoud endosse le rôle-clé, un peu sorti de ses gonds, tout le respect rendu pour le talent d’un grand interprète. Tendu, voire excité, il s’engouffre dans un jeu exacerbé qui ne séduit pas. Aurore Paris dans les rôles de Gertrude et d’Ophélie tente d’être au diapason de l’effervescence du fils et de l’amant. Guillaume Motte s’en sort plutôt bien, jouant naturellement de l’art de la comédie, tantôt Polonius, le père d’Ophélie et de Laërte, tantôt ce dernier, tantôt encore le spectre du père de Hamlet qui, dînant à sa table, instille franco l’esprit de vengeance dans le coeur filial.

Quant à Claudius, oncle de Hamlet puisque frère du roi, et nouvel époux de la veuve du roi, il est interprété par un homme choisi parmi les spectateurs, couronne sur la tête quand il entre en lice, et pantin manipulé par les acteurs.

Une guérite est placée à un angle de la scène – coulisses de théâtre et tente guerrière – d’où sortent les personnages maquillés et portant costume. Le théâtre est à vue, une installation plastique digne des plus beaux artisans, entre nappes immaculées de table ou draps de fantômes et toges antiques.

Thibault Perrenoud va de la mélancolie au rire sardonique, de la pose d’un questionnement existentiel à la folie la plus déjantée. Un drôle de Hamlet.

Hamlet de William Shakespeare, avec Aurore Paris, Guillaume Motte, Thibault Perrenoud, traduction, adaptation, dramaturgie Clément Camar-Mercier, mise en scène Thibault Perrenoud, scénographie Jean Perrenoud, lumières Nicolas Faucheux, costumes Emmanuelle Thomas,
collaborateur artistique Mathieu Boisliveau. Les 8, 9, 10, 11,13, 14, 15, 16, 17, 18, 20, 21, 22, 23 et 24 juillet 2026 au Festival d’Avignon In, spectacle en itinérance. Du 1er au 4 octobre 2026 Scène nationale du Sud-Aquitain - Bayonne. Du 10 au 12 décembre 2026 La Comète, scène nationale de Chalon-en-Champagne. Du 21 au 28 janvier 2027 Le Parvis, scène nationale de Tarbes. Le 3, 4 février 2027 L’Azimut, Théâtre d’Antony. Le 16 mai 2027 Scènes et Cinés dans le cadre du Train Bleu Fos-sur-Mer.

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

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Véronique Hotte

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