Du 4 au 23 juillet 2026 à 10h, relâche le 17 juillet au 11. Avignon, Festival d’Avignon Off.
Quand la Ville se lève, texte (éditions de la MSH Paris-Saclay) et mise en scène de Charlotte Lagrange.
Une transformation forcée - sociale, matérielle et symbolique de l’espace.

Suite au débordement de la ville hors de ses limites initiales, l’étalement urbain « rencontre » le monde rural. En exemple, l’urbanisation du plateau de Saclay - extension spatiale de la ville de Paris due à des choix politiques d’un XX è siècle bien entamé, le faux rêve d’une « Silicon Valley à la française ».
Implanter des laboratoires scientifiques et des institutions de formation supérieure et pouvoir s’y rendre et loger à proximité, ceci oblige à prendre la place des personnes déjà établies pour installer les new-arrivants - le remplacement d’une population par une autre, gentrifiée, embourgeoisant un espace populaire, transformant l’habitat, les commerces ou l’espace public.
L’auteure et metteuse en scène éclairée Charlotte Lagrange, directrice du Théâtre du Préau - CDN de Normandie-Vire - s’attache au rapport de force financier et politique - mouvements résistants, ZAD (zone à défendre), de lutte contre l’OIN (opération de prise de contrôle du territoire) - entre ex-habitants et arrivants de la conquête du plateau de Saclay. (S. Oliveau)
Des agriculteurs sont sur le point d’incendier la maquette d’une ville détruisant leurs terres, et l’architecte du projet voit ressurgir un souvenir : le combat qu’a mené sa mère pour ne pas être expulsée de son appartement. Histoire sous-jacente du XX è siècle et fait accompli que certains ont connus.
Fiction documentée, Quand la Ville se lève explore la mécanique des expulsions et des résistances, de l’exode rural à la gentrification. Une polyphonie féminine transgénérationnelle, où les histoires se croisent.
Une jeune architecte - Olive Malleville, joliment engagée - défend un projet d’aménagement du territoire, respectueux, croit-elle, pour les habitants. En croisant le regard d’une paysanne dépossédée de ses terres, lui revient le souvenir de sa mère qui s’est battue pour rester dans son appartement après le départ des habitants de l’immeuble, des fissures ouvertes laissant apparaitre la lune. S’impose une vision de l’Histoire à travers la femme qui n’a pas quitté les terres cultivées, des espaces communs au 16ème siècle. Or, un monde fantastique et onirique oeuvre de générations en générations.
Des hommes sont présents : Mathias Bentahar, intense, dans le rôle de l’ami d’enfance de l’architecte devenu le collaborateur professionnel de celle-ci ; et Jean-Baptiste Verquin, dans le rôle de Gary, propriétaire d’un immeuble en voie de démolition, réaliste et pratique ; en même temps, il incarne en majesté le rôle du Narrateur de cette histoire proche quand tous se sentent concernés. Reposent sur l’acteur la crédibilité, la réflexion et le raisonnement.
D’autant que la scénographie - plutôt bi-frontale, ou tri-frontale ou quadri- frontale, accroche le regard du spectateur, émerveillé par le plateau-maquette. Le décor plane, plaque de plexiglass réverbérant la lumière avec lignes graphiques, rappelle l’esthétique de « la ville du futur » - immeubles en transparence, verre et métal brillant : il est un personnage en soi qu’à la fois admirent et redoutent tant les protagonistes de la pièce que le public averti.
De l’agricultrice de Saclay, à la paysanne expulsée de l’ère moderne, les femmes résistent et participent au mécanisme de l’aménagement et de la rentabilisation des territoires, de même la mère de l’architecte - tous ces rôles réfractaires et de résistance sont interprétés par la sage constance de Cécile Coustillac. Le feu subi par la paysanne du 16ème siècle s’est propagé dans l’appartement maternel actuel. N’oublions pas le feu des agriculteurs de Saclay voulant se défendre, détruisant le projet de Paris-Saclay devenu réel :
« La ligne de métro joliment rétroéclairée prend feu/ Petit à petit/ Tout s’embrase/ La ville-monde crépite/ A commencer par les bâtiments universitaires puis les grandes entreprises et les start-up, les logements universitaires et les immeubles de standing/ Et c’est au tour des zones vertes, des petits parcs bien délimités par les rues et les avenues
Le plateau entier est en flamme/ Et c’est beau à regarder. »(Quand la Ville se lève de Charlotte Lagrange).
Or, les plantes s’immiscent dans le parquet de l’agente immobilière - Chloé Ploton, intense et enjouée -, qui voudrait expulser la mère et la fille, mais bien contre son âme et conscience. Or, renaissent sous ses yeux et finalement avec son consentement les prés et les champs des territoires perdus.
Un texte lucide et une mise en scène vive qui apportent un baume à ceux qui tentent de comprendre les violences économiques, sociales et symboliques.
Une belle argumentation serrée et vivante qui défend les valeurs humanistes.
Quand la Ville se lève, texte (éditions de la MSH Paris-Saclay) et mise en scène de Charlotte Lagrange (La Chair du monde), avec Mathias Bentahar, Cécile Coustillac, Olive Malleville, Chloé Ploton, Jean-Baptiste Verquin, collaboration artistique Johanne Débat, scénographie Salomé Bathany, création costumes Aude Désigaux, collaboration à l’écriture physique Guillaume Le Pape, composition musicale Julien Lemonnier, création son et régie son/plateau Paul Bertrand, création lumière et régie générale Edith Biscaro, en binôme avec Clément Balcon. Du 4 au 23 juillet 2026 à 10h, relâche le 17 juillet au 11. Avignon, 11 bd Raspail Tél : 04 84 51 20 10, www.11avignon.com. Du 19 au 21 novembre 2026, Théâtre du Préau - CDN de Normandie-Vire. Du 2 au 4 décembre 2026, Théâtre de l’Union CDN du Limousin - Limoges. Les 10 et 11 décembre 2026, Théâtre Joliette - Marseille. Le 19 janvier 2027, Théâtre au Fil de l’Eau - Pantin. Le 31 mars 2027, Salmanazar - Scène conventionnée d’Epernay. Le 14 mai 2027, Espace 110 - Scène conventionnée d’Illzach.
Crédit photo : Simon Gosselin.



