Du 4 au 25 juillet, relâche les 8, 15, 22 juillet, à 19h45 au Théâtre des Doms, Festival d’Avignon Off.
Rumba de David Murgia, Ascanio Celestini, mise en scène Ascanio Celestini, interprétation David Murgia, musique Philippe Orivel.
Dénoncer l’innommable de notre société contemporaine.

Ascanio Celestini et David Murgia re-visitent l’histoire de Saint-François d’Assise sans visée hagiographique, mais comme point de départ d’une réflexion contemporaine : si François naissait en 1982 plutôt qu’en 1182, où serait-il aujourd’hui ? Parmi les manutentionnaires africains ? Sur un parking de banlieue ? Près des Roms dont on se méfie ? Le spectacle transpose la figure du Saint vers le présent pour interroger notre rapport aux déshérités.
François était le fils d’un grand bourgeois : après avoir dépensé tout l’argent dont il disposait en vêtements de luxe, en banquets, fêtes et ripailles, il est répudié par son père qui lui coupe les vivres. Dépossédé de tous ses biens, François se fait pèlerin, seul d’abord, avant de se voir entouré par tous les pauvres et les indigents avoisinants, qui ne vivent que de peu. Le Saint ne veut plus rien posséder mais parler aux oiseaux, suivi d’un âne et d’un boeuf. David Murgia, parler volubile et présence intense, conte les acteurs de ces temps lointains, se projetant dans un passé étrangement similaire au présent.
Rumba conclut une trilogie sur la précarité et l’exclusion sociale, après Laïka et Pueblo. Dans un dispositif théâtral minimaliste, le spectacle tisse des récits de personnages marginalisés évoluant en périphérie : agent SNCF, parking, bar, supermarché, entrepôt logistique où travaillent des sans-papiers.
Nous sommes sur un parking de supermarché, une nuit de Noël, quand des « exclus » esseulés et laissés pour compte se croisent. Avant de fouler dans la nuit le parking du supermarché, un agent des chemins de fer se livre sur le sentiment de solitude qui l’étreint tous les 25 décembre. Les passagers des trains qui parleraient volontiers les autres jours, sont tous particulièrement pressés ce soir-là pour rejoindre les leurs. Même ses collègues de travail disparaissent de l’enceinte de la gare, le laissant à son tour dans l’abandon. Il dînera seul, ce soir-là, mangeant les chocolats de la boîte qu’il pensait offrir.
Mais nous voici non loin de l’entrepôt où travaille Job, le manutentionnaire analphabète régnant sur un bâtiment dont il connaît les moindres recoins, retrouvant seul les outils qu’on lui réclame, sachant l’emplacement exact du moindre tiroir. Analphabète, il ne sait jamais où se trouvent les toilettes d’un établissement, si ce n’est en effleurant pourtant du doigt les lettres du mot.
Il y aussi Joseph l’Africain, « miraculé de la mer » qui a englouti ses frères de misère. Joseph ne rechigne pas à l’effort et accepte les moindres emplois, voulant être autonome et utile, à la différence de ce gitan qui ne se démène pas pour trouver un travail, et sur lequel s’abat une pluie de poncifs racistes.
En re-visitant la figure de Saint-François d’Assise avec sa verve « poético-déglinguée », le conteur engagé David Murgia, accompagné du musicien Philippe Orivel aux claviers et à l’accordéon, brosse sur le plateau un portrait de groupe de dépossédés que la représentation « auréole de dignité ».
Dans l’ombre de la salle vide de ce que serait un bâtiment ancien, face à la toile d’une représentation de Saint-François et de ses attributs, l’acteur narrateur et performer délivre une parole abondante, incarnant les figures rencontrées lors de ses pérégrinations, le regard attentif aux démunis, reprenant des discours altruistes et humanistes et en ne faisant pas l’impasse sur les regards réactionnaires banals et haineux à l’encontre des Roms.
Un seul-en-scène généreux et politique, entre ironie et sarcasmes, qui signe la détermination à ne plus supporter, sans rien dire ni réagir, les inégalités, les injustices, les marques de mépris. Le spectateur se sent interpellé par l’inadmissible « accepté » sur le sort des population diverses de la planète.
Rumba de David Murgia, Ascanio Celestini, mise en scène Ascanio Celestini, interprétation David Murgia, musique Philippe Orivel. Du 4 au 25 juillet, relâche les 8, 15, 22 juillet, à 19h45 au Théâtre des Doms, Festival d’Avignon Off.



