Du 4 au 25 juillet 2026 au 11.Théâtre à 15h55, au Festival Avignon Off.
Ligne Ouverte, d’après "Ligne ouverte au coeur de la nuit" de Gonzague Saint Bris, mise en scène et dramaturgie de Vassili Schémann.
Confidences radiophoniques et expérience humaniste de l’écoute.

« Et dans la nuit quand je vous dis : Qui est là ?, je sais qu’il y a quelqu’un et que ce quelqu’un ne peut pas être personne. Que c’est toi, oui, que c’est nous. » ( "Ligne ouverte au coeur de la nuit » de Gonzague Saint Bris.)
Il ne s’agit pas de « révélation » sur des gens dits ordinaires - des personnes du quotidien dont nous tous faisons partie, tous en proie aux émotions, révoltes personnelles et agacements face aux aux affres de la vie.
Comment l’écoute des radios de nuit et de ces fameuses « lignes ouvertes », ces dialogues de l’intime des années 70/80, dans les émissions de Max Meynier, Macha Béranger, Martine Cornil, Gonzague Saint Bris, résonnent-t-ils avec les questionnements d’aujourd’hui ? Vassili Schémann donne la parole à ceux qui ne l’ont pas, à une époque où disparaît l’écoute - l’attention à l’autre, le dialogue, la volonté de comprendre, l’ouverture au débat, l’échange dans la controverse, hors de la radicalité des rapports de pouvoir.
Ecouter le récit des autres, souvent dans les bars, trains, salles d’attente, abris-bus ou taxis…, qui se livrent plus facilement à un quidam plus qu’à un proche. Ces locuteurs de hasard avec qui on converse ignorent leur aptitude au récit : des relations éphémères entre « étrangers » jamais croisés ni rencontrés. On est attiré par la puissance spontanée de ces récits non filtrés dans lesquels chaque mot a son importance, la parole sa clarté, le langage sa force - bonne prise de mesure de la réalité. Ces textes imposent leur griffe politique, économique, sociale, philosophique - tableau humaniste composé.
Le dialogue se fait à trois : l’auditeur se confie à un présentateur sachant que des centaines de milliers de personnes l’écoutent sans pouvoir débattre : une relation triangulaire d’intimité et d’attention. Les trois comédiens - Chloé Larrère, Anthony Ruotte et Gabriele Simonini - jouent avec talent de l’intensité, de la vérité et de l’intimité de cette parole. Les interprètes lumineux échangent leur rôle - une fois intervieweur, une autre fois auditeur -, et passent d’une situation sombre à une autre plus heureuse, tous debout face public dans cette injonction non imposée ni forcée, mais pudique et libre - : parler de soi, s’exprimer de l’intérieur. Le troisième larron écoute dans le lointain, proche des deux autres - un passage de la conscience du public.
Qu’on sorte de prison pour un week-end et qu’on pratique par ailleurs la peinture, qu’on soit prêtre et qu’on ait des doutes quant à sa foi, qu’on soit une survivante âgée de la Shoah et qu’on veuille transmettre aux plus jeunes cette réalité historique de terreur et de mort, qu’on soit une jeune fille de seize ans qui découvre l’amour, loin des séances d’éducation sexuelle de l’institution scolaire, qu’on soit un homme perdu et qu’on en ait conscience : « Je vous appelle parce que j’ai un dégoût profond pour la vie. Cet après-midi je ne sais pas ce qui m’a pris j’ai acheté des armes, des armes de gros calibre. » L’animateur enjoint Marc à réfléchir et à le rappeler le lendemain.
Les auditeurs - les spectateurs de Ligne Ouverte de Vassili Schémann - soutiennent une attention intense, tendue et à chaque fois renouvelée, à l’écoute de ces paroles de vies faussement minuscules, porteuses de la saveur à la fois âcre et fantastique d’être au monde - expérience, épreuve et aventure existentielle de tout un chacun où on peut se reconnaître aisément.
Ligne Ouverte, d’après "Ligne ouverte au coeur de la nuit"
de Gonzague Saint Bris et d’autres extraits d’émissions de radio de nuit, mise en scène et dramaturgie de Vassili Schémann. Avec Chloé Larrère, Anthony Ruotte et Gabriele Simonini, lumière Laurent Schneegans,
assistanat mise en scène Laura Ughetto, création sonore Adrien Pinet, costumes et scénographie Micha Morasse assistée de Zoé Ceulemans, regard extérieur Alice Borgers. Du 4 au 25 juillet 2026 au 11.Théâtre à 15h55, 11 boulevard Raspail, au Festival Avignon Off. Le 6 novembre 2026, Crac’s - Centre culturel de Sartrouville. Le 12 novembre 2026, Centre culturel de Soignies. Le 16 novembre 2026, Central - La Louvière. Le 21 novembre 2026, Centre culturel de Waterloo. Le 25 novembre 2026, MCFA, Maison de la Culture Famenne-Ardenne.
Crédit photo : Laurent Schneegans.



