Spectacle vu au Théâtre de la Cité Internationale, Paris. Les 11 et 12 mai 2026 au Théâtre d’Aurillac. Du 4 au 25 juillet 2026 au Festival Avignon Off, Théâtre des Halles à Avignon.
Psicofonía - Silences d’Espagne, texte, mise en scène et interprète Faustine Noguès.
La transmission mémorielle est nécessaire à la conscience politique.

Psicofonía désigne une pratique consistant à enregistrer le silence dans des lieux dits hantés afin d’en révéler les présences invisibles - fantômes, figures évanescentes, morts qui se relèveraient pour témoigner… Et savoir ainsi écouter les survivants et prêter l’oreille aux disparus, et avancer « tout ouïe » parmi les spectres pour entendre les récits refoulés, les voix frappées d’interdit. Le corps de l’interprète - seule sur scène - est l’Espagne entière.
Archives sonores, témoignages et documents familiaux s’immiscent dans Psicofonía - Silences d’Espagne de Faustine Noguès, fiction dévolue d’abord à l’Histoire géologique européenne - Espagne, Italie… -, puis à l’Histoire de l’Espagne, à partir du filtrage du bruit blanc qui recèle des messages cachés.
Belchite, village espagnol détruit en 1937 pendant la guerre d’Espagne : Faustine Noguès revient à l’histoire de sa famille, elle visite ce village entièrement rasé dont il ne reste que des ruines - le Vieux Belchite -, près duquel s’est construit - immeubles et béton - le Belchite Nueve - dont l’enquêtrice et chercheuse a rapporté une pierre, disposée sur son piédestal et éclairée par Willy Cessa, à la façon d’une vitrine de musée archéologique. Avec sa collègue, elle est entrée dans un souterrain - lieu de dépôt de l’artillerie républicaine - pour écouter les bruits des présences vivantes alors.
Non loin, sur la scène nue, les chaussures du grand-père -Vieux Souliers aux lacets (1886) de Van Gogh -, également éclairés tels les témoins évocateurs d’une histoire vraie dont on entend la voix enregistrée du locuteur. Une voix devenue familière au public, ouverte aussi aux sons du tango, du flamenco - chants et danse -, à la teneur poétique du Duende, sentiment et état d’âme sur lequel s’est penché avec tact et sensibilité le poète Federico Garcia Lorca, assassiné par les Phalangistes en 1936. La composition sonore de Colombine Jacquemont est d’une belle invention poétique.
Près de quarante ans plus tard, le dictateur Franco meurt (1975), l’Espagne s’achemine prudemment vers la démocratie. Au nom de la réconciliation, une loi d’amnistie (1977) décrète l’égalité des mémoires, l’amnésie générale : oubliés, les crimes du franquisme, la guerre civile, le combat antifasciste.
Or le passé ne passe pas : invisible, silencieux, actif, il sourd au présent.
Faustine Noguès, de famille de républicains espagnols exilés, se ré-approprie l’histoire de ses ancêtres, victimes de la répression franquiste. Mais elle se heurte à une amnésie, ne retenant pas les informations liées à ce passé.
Ce qui fait qu’elle se lance avec rage dans une enquête sur la mémoire de la société espagnole ; le pays est en lutte pour sortir du silence et de l’oubli.
Le public, muni d’un casque, entend le poids d’un passé invisible et chemine, de l’amnésie à la mémoire : une expérience sonore immersive, entre fantômes espagnols et traces vivantes du passé. Entre humour, fantaisie et conscience politique, la quête personnelle de la narratrice se fait collective.
Souvenirs d’une aïeule et d’une cousine du grand-père, assises paisiblement sur un banc, dont les cheveux ont été rasés par les Nationaux sortant de la messe du dimanche, qui ne laissaient sur la tête des victimes qu’une mèche ornée d’un ruban rouge, le signe condamnable du fameux « gène rouge ».
En 2022, la loi de mémoire démocratique lève la loi d’amnistie - oubli imposé et absence de justice pour les crimes franquistes : conquête des petits-enfants de la guerre, alors que rien ne leur a été transmis verbalement. Hélas, la paix et la démocratie ne composent pas un environnement naturel durable : on doit s’armer intellectuellement, anticiper les temps, exercer un oeil critique et écouter l’opinion plurielle pour transcender enfin les combats idéologiques, et pouvoir s’élever aux seules valeurs de la vie et de la dignité.
Faustine Noguès sait ce qu’elle fait, solaire et lumineuse au coeur-même d’une nuit qu’on a voulu imposer et qu’elle s’applique à élucider et clarifier.
Psicofonía - Silences d’Espagne, texte, mise en scène et interprète Faustine Noguès, création sonore, composition Colombine Jacquemont, dramaturgie et collaboration artistique Joséphine Supe, création lumière Willy Cessa, musique et voix enregistrées Renaud Déjardin (violoncelle), François Aria (guitare), Nati James (danse flamenco) et Olmo Hidalgo (voix). Spectacle vu au Théâtre de la Cité Internationale, Paris. Les 11 et 12 mai 2026 au Théâtre d’Aurillac. Du 4 au 25 juillet 2026 au Festival Avignon Off, Théâtre des Halles à Avignon. Novembre 2026 Odyssud, Blagnac. Décembre 2026 Espace Michel Simon, Noisy le Grand. Décembre 2026 Théâtre Jacques Carat, Cachan. Février 2027 L’Archipel, Fouesnant. Février 2027 Théâtre de Suresnes Jean Vilar. Avril Maison des Arts du Léman à Thonon.
Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.



