Le Journal d’un disparu et Növények à l’Opéra de Massy
Rencontre de Leoš Janáček et de Thomas Adès
Un spectacle hors des sentiers rebattus qui associe opportunément deux œuvres lyriques dans une mise en scène des mieux adaptées.
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- 17 mars
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L’OPÉRA DE MASSY SE DISTINGUE DÉCIDÉMENT, offrant une production d’œuvres rares que pourtant tout appelait à réunir. Sous le titre Vanishings (Disparitions), cette production avait été étrennée à Linz en Autriche et à Modène en Italie. Elle rassemble Le Journal d’un disparu de Janáček (créé en 1917) et deux pièces de Thomas Adés, Növények (créé en 2022) et Darknesse Visible (pour piano solo de 1997). Ou l’art de se faire rencontrer des œuvres qu’un siècle sépare, du Tchèque Leoš Janáček (1854-1928) et du Britannique Thomas Adès (né en 1971)… Dans cette conception (et mise en scène) de Lukas Hemleb, les unes et les autres se mêlent et s’entrecroisent pour un seul spectacle en continu. Il est vrai que pour les deux œuvres lyriques, les sujets les rapprochent. Le Journal d’un disparu met en musique la fuite d’un jeune paysan qui abandonne famille et village pour suivre une tzigane dont il est tombé amoureux. Növények (« plantes » en hongrois) donne musique à des poèmes d’auteurs hongrois. Les mots chantés des œuvres, en tchèque et en hongrois, se rapprochent par leurs invocations poétiques et il n’était pas mal venu d’en rassembler les affinités. D’autant que leurs chants se conjuguent harmonieusement.
Un projet bien mené
Pour cette production, toutefois, il a été adapté (par Laurent Cuniot) l’œuvre de Janáček, originellement avec accompagnement de piano, en accompagnement par un petit ensemble instrumental (piano, quatuor à cordes et contrebasse). Celui exactement de l’œuvre lyrique d’Adès. Et c’est ainsi que musicalement la soirée défile sans accroc, entre des interludes du seul piano (pour Darknesse Visible).
La mise en scène correspond bien au projet. Entre des projections d’images évocatrices, les personnages vont et viennent en phase avec leurs attributions. Les chanteurs, passant d’une langue à l’autre (mais avec surtitres en français), exposent leurs voix en phase avec leurs apparitions. Pour Janáček, le ténor Vladimír Šlepec lance de beaux phrasés, auxquels répond la voix chaude de la mezzo Helena Milošević et le soutien d’un petit chœur de trois voix féminines. La voix solitaire de Növények s’élance valeureusement par les soins de la mezzo Angela Simkin. L’ensemble TM+, en résidence à l’Opéra de Massy, soutient infailliblement, sous la direction assurée de Marc Desmons, entrecoupé du piano élégant de Géraldine Dutroncy (pour Darknesse). Beau résultat d’un propos musical hors normes, que le public venu nombreux accueille de mérités applaudissements incessants…
Illustration : photos Gilles Lalande, Didier Contant
Leoš Janáček : Le Journal d’un disparu - Thomas Adès : Növények et Dakrnesse Visible. Avec Vladimír Šlepec, Helena Milošević, Angela Simkin, petit chœur de trois voix féminines. Ensemble TM+, dir. Marc Desmons. Mise en scène : Lukas Hemleb.
Opéra de Massy, 13 mars. Prochaine représentation : Nanterre, Maison de la musique, le 19 mars 2026.



