La mort de Jean Bouchaud
Le don de la comédie
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- 7 novembre
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Jean Bouchaud, qui nous a quittés le 30 octobre, âgé de 89 ans, s’est démultiplié dans tant d’activités du spectacle qu’il a quelque peu échappé aux radars obsédés par le fichage de chaque individu cantonné à une caractéristique exclusive : on aime en France définir un artiste par une seule formule, une seule spécialité, un seul savoir-faire, un seul talent. Bouchaud, lui, fut acteur au théâtre et au cinéma, metteur en scène, scénariste, au long d’une carrière toujours pleine et pourtant discontinue. Sa dernière pièce, Un coin d’azur, date de 1995 mais on n’a cessé de voir son nom sur nos affiches. Il réglait comme metteur en scène divers spectacles, travaillant pour la Comédie-Française et le théâtre privé, défendant les œuvres de Loleh Bellon, Victor Haïm, Jean-Loup Livi, Brigitte Buc, Vitrac ou de grands classiques. En même temps, il apparaissait à l’écran et collaborait avec des auteurs amis comme Jean-Michel Ribes. Son dernier grand spectacle doit être la mise en scène de la comédie de Brigitte Buc (son épouse à la ville), Un temps de chien, en 2014.
Tous les documents qui le concernent, dans les livres ou sur les sites, paraissent incomplets. Comme s’il ne s’était pas soucié de ses écrits et s’était moqué des oublis et des trous qui transforment le souvenir de son excellent théâtre en papiers perforés. Comédien formé à la rue Blanche et chez Lecoq, il fit des débuts éclatants avec son premier texte, Les Caisses qu’est-ce ? en 1966. C’était d’abord à la Maison de la culture de Caen, puis au La Bruyère : un triomphe de cocasserie enlevé par Bouchaud lui-même, Pierre Richard, Claude Evrard et Danièle Girard.
Au lieu d’en rester à la forme des sketches associés, il écrit ensuite, le plus souvent (mais pas toujours) des histoires structurées, loufoques certes, mais mordant dans les réalités contemporaines ou historiques. Le Gros Oiseau, créé en 1978 par Ribes, inventait un périodique, « Le Bonheur, le journal de la sénescence optimiste », dont les rédacteurs, désireux de faire remonter des ventes décroissantes, partent à la recherche d’un prétendu fils d’Hitler. Un drôle de cadeau (1985), très anti-communiste, imagine le périple de militants partant remettre un cadeau à Staline à Moscou. Cette satire féroce, et fort drôle, était interprétée par Gérard Darier, Michel Fortin, Danièle Girard, Marie-Anne Chazel. Un coin d’azur (1995) place quelques personnages malheureux ou douteux à Marseille en 1940, juste avant l’arrivée officielle du maréchal Pétain que tous veulent éviter. (Cette pièce, jouée par Catherine Rouvel, a fait l’objet d’un film de télévision en 2004).
Bouchaud parlait de l’ « humour des contradictions ». A l’intérieur du registre français du divertissement, ses bombes comiques ne sont jamais banales. Ce passionné de Mirbeau et Vitrac avait un don inné de la comédie, qu’il ne cultivait pas dans la facilité mais avec des colères rieuses auxquelles il faudra sans doute revenir puisqu’ayant fait fort rire ses contemporains, il devrait faire de même après sa disparition d’artisan de la drôlerie au long et sinueux parcours.
Son fils, Nicolas Bouchaud, est l’un des plus grands comédiens d’aujourd’hui. Leur univers artistique ne semble pas avoir de parenté. Mais, notons-le, tous deux se sont exprimés, dans un premier temps pour Jean Bouchaud, à l’intérieur du théâtre de service public.
Photo Cinéfil.


