Dans le cadre du Printemps des Comédiens/Cité européenne de Théâtre - Domaine d’O.
Les Gaulois de Marion Aubert (édit. Les Solitaires Intempestifs). Avec les metteurs en scène et interprètes Thomas Blanchard et Olivier Martin-Salvan.
La Bête et La Bête sur terrain glissant.

L’Histoire est un terrain de jeu où se mêlent et s’emmêlent clichés d’autrefois et terreurs présentes, vu le spectacle Les Gaulois de Marion Aubert, avec les metteurs en scène/acteurs Thomas Blanchard et Olivier Martin-Salvan.
Avec la mise en majesté de la sacro-sainte dimension physique d’« être au monde », charnelle, sensuelle et érotique, qu’on soit humain ou animal encore, d’où l’image inaugurale de ces deux fameux sangliers plus vrais que nature dans le silence et la musique, si ce n’est les grognements de bête des mammifères glissant sur un espace verdoyant vallonné, telle une piste de ski d’été par les scénographes inventifs et précis que sont Clédat & Petitpierre.
Il est question de corps et de chair puisque corps il y a, et corps il restera jusqu’au trépas, comme dernière valeur de vie éprouvée et d’humilité. Et les deux sangliers héroïques sont la métaphore des « Gaulois » ainsi nommés, les ancêtres triviaux et politiques d’une certaine France réactionnaire, nationaliste, blanche, masculiniste et hétérosexuelle, selon le roman national.
Pour cadre scénographique, une soyeuse colline riante en Gaule, dont le sol est un lourd et épais tapis champêtre et boisé sur lequel on glisse comme sur un toboggan : ici, on s’amuse et on recherche pour le moins confort et plaisir, tout en défendant l’état d’une nature qui offre des glands à ses visiteurs. Les sangliers ont figure humaine que les spectateurs découvriront plus tard - humour espiègle et fanfaronnade, facéties et malice délurée -, telles des échappées d’Astérix et Obélix ou autre livre illustré d’enfant façon Calinours.
Les voici libérés de leur fourrure extraordinaire et réussie de phacochère pour se retrouver nus comme Adam et Eve - sans nulle feuille de vigne, si ce n’est au moment des applaudissements -, sous une combinaison de couleur chair qui restitue en prothèse souple leur membre viril relativement minuscule quand on apprécie en échange la masse musculaire plutôt généreuse d’Olivier. Un exhibitionnisme revendiqué est au rendez-vous, moqueur et bravache, qui voudrait qu’on rie et on rit malgré soi, un peu honteusement.
Puis, les voilà en gendarmes comiques, non pas de Saint-Tropez, mais de la brigade des moeurs, qui dévident l’état d’une pensée des années 2026, selon les propos du Café du Commerce. L’équilibre du spectacle dont l’écriture économe revient à Marion Aubert penche du côté du grotesque et du cocasse, de l’humour et du rire facile et bon enfant, non de la réflexion.
L’un des Gaulois s’inquiète : « Tu vas pas me trahir ? Tu vas pas disparaître à tout jamais dans le fond du trou du lac qui est à l’intérieur du bois ? Tu vas pas te pendre et te jeter dans le lac de désespoir parce que c’est une période de grands troubles dans toute l’Europe et même un peu partout et partout ? »
Marion Aubert dit le moins pour suggérer le plus ; il aurait fallu peut-être davantage en étayer le propos pour inventer un regard plus constructif, ne réduisant pas l’être, même en jouant, à une bête livrée à ses instincts.
Les Gaulois de Marion Aubert. Avec les metteurs en scène et interprètes Thomas Blanchard et Olivier Martin-Salvan. Scénographie et costumes Clédat & Petitpierre, composition musicale Vivien Trelcat en collaboration avec Maxime Lance, chorégraphie Loïc Touzé, lumières Jérémie Papin,
conseils dramaturgiques Baudouin Woehl, assistanat à la mise en scène Lilea Le Borgne et Lilas Chaussende, regard extérieur Alice Vannier et Johanna Nizard, recherches historiques et documentaires Mathilde Hennegrave, réalisation des costumes Anne Tesson. Les 29, 30 et 31 mai 2026, dans le cadre du Printemps des Comédiens/Cité européenne de Théâtre - Domaine d’O -, Amphithéâtre d’O, 178 rue de La Carriérasse 34000 - Montpellier. Du 30 septembre au 1er octobre - Théâtre Des Îlets CDN de Montluçon (03). Du 7 au 15 octobre, relâche le 11 - Théâtre Garonne scène européenne - Toulouse (31). Du 4 au 5 novembre Théâtre du Pays de Morlaix (29). Du 18 au 20 novembre, Lieu Unique scène nationale de Nantes (44). Du 24 au 28 novembre, Théâtre du Jeu de Paume - Les Théâtres, Aix-en-Provence (13). Du 3 au 20 décembre, relâches les 7 et 14, Théâtre des Bouffes du Nord, Paris. Du 12 au 13 janvier 2027, Maison de la Culture de Bourges scène nationale (18). Du 2 au 3 février, MC2 : Maison de la Culture de Grenoble scène nationale (38). Du 17 au 20 février, Théâtre national de Nice CDN Nice Côte d’Azur (06).
Crédit photo : Martin Argyroglo.



