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Critiques / Opéra & Classique

New York - Songs from Street Scene de Kurt Weill

par Caroline Alexander

L’Atelier Lyrique en savoureux vagabondage sur les trottoirs de New York

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Le centre de perfectionnement de jeunes chanteurs en début de carrière lié à l’Opéra National de Paris porte depuis 2005 le titre d’Atelier Lyrique, et, sous la direction de Christian Schirm, a exploré de biens jolis titres du répertoire. Après Le Mariage Secret de Cimarosa ou Mirandolina de Martinu (voir webthea des 3 mai 2009 et 29 juin 2010), deux de ses dernières créations, voici qu’il se paye le culot ou le luxe, comme on voudra, de monter, sous la forme raccourcie d’un opéra de chambre, une œuvre encore inconnue en France d’un compositeur célèbre depuis belle lurette. Kurt Weill, l’homme de l’Opéra de Quat’Sous, de Grandeur et Décadence de la Ville de Mahagonny, des Sept Péchés Capitaux et d’une cascade de chansons qui ont fait le tour du monde.

Emigré aux Etats Unis d’Amérique pour cause de nazisme déferlant, le juif allemand Kurt Weill, l’ami et collaborateur de Bertolt Brecht, en fit sa patrie et voulut fondre sa musique dans celle qui, des théâtres aux cabarets, courait le long des rues de son pays d’accueil. Ainsi naquit en 1946, sa transposition musicale d’une pièce de théâtre de Elmer Rice : Street Scene.

Baignée à la fois des désenchantements de la condition humaine et du rêve américain de toutes les possibles réussites, Street Scene laisse errer ses personnages sur les trottoirs et le long des caniveaux de Brooklyn et du Bronx, le New York des émigrés de toutes les couleurs. Dans les étages branlants de logements incertains,. les ragots y sont aussi assassins que les maris jaloux, les amours y sont tragiques, l’étude et l’humour sauve du désespoir. Somehow I never could believe, Lonely House : la musique porte les griffes de la veille Europe où Weill fit ses classes, mais il la détourne, lui injecte le suc des premiers musicals, leur parler, leurs danses, et, annonce en quelque sorte ce qui deviendra, dix ans plus tard, par Bernstein et Sondheim West Side Story…Quant au clou des songs, l’irrésistible Ice Cream Sextet annonce comme par prémonition la société de consommation et les méfaits du fast food…

Des palissades de bois peuplées de graffitis, une courte volée d’escaliers, des balcons étroits : le décor de Claire Legal se situe très justement à ras du macadam, les costumes de Nathalie Prats ont un parfum années cinquante, Jean-Marc Piquemal fait joliment danser quelques uns des pensionnaires de l’Atelier lyrique dans la mise en scène enlevée, sans temps mort d’Irène Bonnaud. C’est le grand Jeff Cohen qui a communiqué l’amour qu’il a de cette musique aux chanteurs et aux pianistes, le talentueux Alphonse Cemin, bien secondé à quatre mains par Chloé Ghisalberti.

Des voix, des tempéraments

L’équipage des chanteurs révèle des voix et des tempéraments à retenir : la blonde soprano polonaise Ilona Krzywicka, déjà découverte dans Mirandolina, confirme son timbre lumineux, sa projection parfaite, Cyrille Dubois, nouveau venu à l’Atelier, s’affirme ténor de belle clarté et acteur accompli, le ténor argentin Manuel Nunez Camelino, souvent déjà remarqué, est irrésistible en vieux juif coléreux chantant avec l’accent yiddish made in NY, Olivia Doray a du chien et du charme, Chenxing Yuan, encore timide, a de la grâce, Michal Partyka, baryton, une présence étrange et des graves émouvants, Damien Pass, baryton basse américain, une sacrée autorité. Tous, toutes apportent petit quelque chose de frais et de personnel.

Reste à espérer que cette œuvre insolite et prenante trouvera sur l’une de nos scènes une version complète avec orchestre.

Kurt Weill New York – Songs from Street Scene de Kurt Weill d’après la pièce d’Elmer Rice – Atelier Lyrique de l’Opéra National de Paris, direction des études musicales Jeff Cohen, mise en scène Irène Bonnaud, scénographie Claire Le Gal, costumes Nathalie Prats, lumières Daniel Lévy, chorégraphie Jean-Marc Piquemal. Avec Olivia Doray, Ilona Krzywicka, Zoe Nicolaidou, Chenxing Yuan, Marianne Crebassa, Carol Garcia, Letitia Singleton, Manuel Nunez, Camelino, Cyrille Dubois, Alexandre Duhamel, Michal Partyka, Damien Pass, Florian Sempey. Au piano : Chloé Ghisalberti, Alphonse Cemin .

Amphithéâtre de l’Opéra Bastille, les 18, 19, 21 & 22 décembre à 20h.

08 92 89 90 90 – www.operadeparis.fr

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