Du mercredi au vendredi 19h30, samedi et dimanche 14h. A partir du 1er avril, Deuxième Epoque, mercredi et jeudi 19h30, dimanche 14h, alternance Première et Deuxième Epoque, vendredi 19h30, intégrale samedi 14h, Théâtre du Soleil, La Cartoucherie, 75012.
Ici sont les Dragons, Deuxième Epoque 1918-1933, Choc et Mensonges, une création collective du Théâtre du Soleil, en harmonie avec Hélène Cixous, dirigée par Ariane Mnouchkine.
Un spectacle à hauteur de l’Histoire.

Ici sont les Dragons : l’histoire terrible et inachevée de l’Europe au Vingtième Siècle se poursuit au Théâtre du Soleil. Ariane Mnouchkine, qui vient de traverser des épreuves, n’ en a pas moins fédéré avec force et clarté la Deuxième Epoque de son très ambitieux quadriptyque.
La période concernée couvre l’entre-deux-guerres, la guerre à venir se dessine à travers l’arrivée au pouvoir d’hommes sans scrupules, paranoïaques et pervers, s’appuyant sur des idéologies totalitaires en apparence opposées. Tout cela a été analysé par Hannah Arendt et beaucoup d’autres.
La représentation théâtrale insiste sur la personnalité des dictateurs. Staline est seul et s’appuie sur les conceptions du pouvoir léniniste, jusqu’à la caricature, alors qu’Hitler s’entoure de quelques fidèles adorateurs et baigne dans une forme de mysticisme délirant
Mais préoccupée par la situation actuelle en France et par le monde, Ariane Mnouchkine présente aussi les mouvements fascistes qui, bien que minoritaires, existaient aux Etats-Unis et en Angleterre avant 1939.
On voit une personnalité comme Oswald Mosley animer le meeting lançant le British Union of Fascists en 1932.
Comme pour la première époque, le narratif est constitué de discours ou d’écrits réels. Certains bien connus, d’autres inédits comme une note de Trotsky mettant en garde Lénine contre la personnalité irrationnelle et dangereuse de Staline. Au titre des morceaux célèbres, Léon Blum à la tribune du Congrès de Tours dont la lucidité, la prescience résonnent encore fort aujourd’hui.
L’homme positif qui est manifestement magnifié par le spectacle est Winston Churchill, moqué par ses pairs, et plaidant seul pour soutenir le réarmement de son pays, il avait prévu le déchainement à venir. On le voit ballotté par les flots : la petite silhouette bedonnante, le masque d’un visage rond et massif, vont bientôt devenir les remparts de la démocratie.
Comme dans la Première Epoque mais un cran au-dessus dans les variations et le raffinement des dispositifs, les événements se succèdent au travers de saynètes où apparaissent les protagonistes dans des bureaux feutrés, des caves moisies, des compartiments de train.
Les discussions entre les chefs bolchéviques avec un Staline à l’affût de tous les mauvais coups, celles d’Hitler flanqué de Goering et de Goebbels. Ce dernier réapparait comme un cafard rodant dans les rues de Berlin, tandis que le futur Führer délire seul en proie à ses peurs et ses paranoïas. Même utilisation des masques pour incarner ces protagonistes de l’histoire, des masques glaçants, accusant les traits de ces visages sculpturaux, disproportionnés par rapport aux corps dont les mouvements s’apparentent à ceux de pantins, dont les voix amplifiées par les micros propagent l’effroi.
Entre ces scènes didactiques, des tableaux animés jouent sur l’émotion : la Révolte des Marins de Kronstadt, le train emportant des familles déplacées ou des détenus vers les goulags, la famine en Ukraine, les massacres engendrés par la terreur stalinienne. L’ambiance nocturne de Berlin, Saint-Pétersbourg ou Moscou est rendue par des vidéos qui tamisent l’ambiance dans des couleurs crépusculaires, on y rencontre Boulgakov assis sur un banc de parc, emmitouflé et vitupérant sur l’interdiction de ses pièces.
Un kaléidoscope remarquablement agencé. Le travail de troupe pour que chacun des tableaux s’enchaine avec le suivant est sans accroc, chacun de ces morceaux compose une fresque animée qui émerveille autant qu’elle instruit.
La maîtresse d’école Ariane Mnouchkine dont le double juvénile Cornelia est sur le plateau, et dont les leçons sont parfois agaçantes, a totalement maitrisé son sujet, elle laisse malicieusement au spectateur le soin de réfléchir au bégaiement de l’Histoire et au très sombre horizon politique.
Ici sont les Dragons, Deuxième Epoque 1918-1933, Choc et Mensonges, une création collective du Théâtre du Soleil, en harmonie avec Hélène Cixous, dirigée par Ariane Mnouchkine.
Jusqu’au 30 mars, Ici, sont les Dragons, Deuxième Epoque 1918-1933, du mercredi au vendredi 19h30, samedi et dimanche 14h. A partir du 1er avril, Deuxième Epoque, mercredi et jeudi 19h30, dimanche 14h, alternance Première et Deuxième Epoque, vendredi 19h30, intégrale samedi 14h, Théâtre du Soleil, La Cartoucherie, 75012.
Crédit photo : Michèle Laurent



