Spectacle vu le 11 avril 2026, Festival Avis de Temps Fort, Théâtre Victor Hugo, Bagneux.

Timber, compagnie Still life, conception et mise en scène Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola.

Cauchemar écologique au travers de l’humour et des images de Still Life.

Timber, compagnie Still life, conception et mise en scène Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola.

La compagnie Still Life, basée à Bruxelles où elle est associée au Théâtre Les Tanneurs, a été créée il y a plus de quinze ans et compte une dizaine de spectacles à son actif, dont Flesch présenté au Festival d’Avignon. Leurs créateurs Aurelio Mergola et Sophie Linsmaux comme leur site le précisent, se sont fixé un objectif simple et concis : « sans mots, ils dépeignent un monde où tout va formidablement mal ».

Timber, leur dernière création est présentée en France dans le cadre du Festival « Avis de temps fort » que le Théâtre Victor Hugo de Bagneux consacre au théâtre de geste en ce début d’Avril. Quatre saynètes sans lien apparent si ce n’est leur contenu qui illustre les paradoxes du comportement humain dans un monde qui court à sa perte. Premier tableau, trois militants de la cause animale essaient de relâcher un ourang-outan dans son milieu naturel, mais celui-ci n’a de cesse de vouloir rejoindre sa cage.

Dans le deuxième, les trois acteurs toujours aussi maladroits se retrouvent dans un stage de re-connexion avec la nature où une voix d’IA leur intime l’ordre de se débarrasser de tout ce qui les aliène : gadgets, vêtements, téléphones cellulaires, médicaments ou chips.
C’est le plus drôle car les trois interagissent de façon désordonnée et pitoyable.

Vient ensuite un couple qui est peut être influenceur et qui met en scène sur les réseaux sociaux sans doute sa demande en mariage dans un univers de toc et de brillants où les fiancés ne cessent de s’auto-admirer avant que leur petit univers factice ne s’écroule. Ambiance à la Hitchcock sous une pluie d’oiseaux morts.
Enfin le dernier tableau, plus triste et ambigu, expose l’enterrement d’un chien de compagnie qui s’acharne à ressusciter devant ses maîtresses.

Le comique repose comme il se doit sur une hyperbolisation des comportements d’êtres humains qui s’acharnent à détruire leur environnement, sans la moindre capacité d’auto-critique, allant inévitablement vers la situation la plus absurde. Les uns obéissent à une IA en croyant se libérer, les autres sacrifient à la consommation la plus débile. Les victimes collatérales de leur bêtise sont la nature et les animaux. La scénographie techniquement impeccable montre à travers chaque scène, la disparition progressive de l’environnement naturel .

La patte de la compagnie relève de cette maitrise technique de tous les éléments scéniques, reconstituant des univers à part entière et englobant tout l’espace scénique y compris les sons, les lumières : un art accompli de l’agencement.

Le spectacle s’inscrit dans une tradition de théâtre visuel qu’avait su magnifier Philippe Genty avec une maitrise tout cinématographique qui rappelle les films à histoires courtes des années soixante.
C’est dominé mais sans surprise et très triste finalement. On rit jaune de voir ces êtres humains si dérisoires courant à leur perte, la chute de clown ou la gaucherie de Charlot qui s’accompagnait d’une forme de tendresse envers l’humain, prend ici l’allure d’un glissement inéluctable vers l’assèchement de l’esprit et de la vie.

Un spectacle lanceur d’alerte qui parle à tous et a le mérite de prendre le sujet par la dérision, plus persuasive qu’un long discours, des images plus fortes que les mots.

Timber, compagnie Still life, conception et mise en scène Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola, scénographie Aurélie Deloche, Nicolas Olivier et Noémie Vanheste, costumes Camille Collin et Cinzia Derom, mise en espace et en mouvement Sophie Leso, scénario Sophie Linsmaux, Aurelio Mergola et Thomas van Zuylen, création sonore Maxime Pichon, création lumières Guillaume Toussaint-Fromentin, jeu Muriel Legrand, Sophie Leso, Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola. Spectacle vu le 11 avril 2026, Festival Avis de Temps Fort, Théâtre Victor Hugo, Bagneux . Du 19 au 23 mai 2026, Les Célestins - Théâtre de Lyon x Théâtre de la Croix Rousse. Du 4 au 7 novembre 2026, La Comédie de Clermont, Scène nationale.
Crédit photo : Alice Piemme.

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Louis Juzot

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