Du 18 mars au 17 avril 2026 au Petit Théâtre, du mercredi au samedi à 20h, mardi à 19h, à La Colline - Théâtre National.
A notre place, texte (L’Arche Editeur) de Arne Lygre, mise en scène et scénographie de Stéphane Braunschweig.
La retenue et la finesse des relations existentielles qui non formulées mais vivantes s’échappent dans un cri muet.

Après Je disparais (2011), Tage unter (Jours souterrains, 2012), Rien de moi (2014), À notre place marque le retour d’Arne Lygre et de Stéphane Braunschweig à La Colline. Patiemment, le metteur en scène monte cette œuvre aigüe. Et À notre place éclaire l’amitié d’un trio féminin aux relations instables non exclusives puisque les proches – fils de l’une, père ou frère de la deuxième ou troisième, parents morts ou âgés – ébranlent leur présent.
Quand toute complexité est moquée, Lygre conduit le spectateur dans les méandres de l’amitié, une aventure tour à tour dérangeante, drôle et émouvante, inattendue. Dans l’espace de l’écriture sensible se met en place un terrain de jeu, offert à trois actrices... et une dizaine de personnages.
Sara noue une nouvelle amitié avec Astrid, rencontrée au hasard d’une promenade.
Astrid a eu une autre amie intime, Eva, qui s’est éloignée un temps. Lorsque celle-ci revient chez Astrid, elle trouve Sara à sa place. La pièce explore la complicité sororale des trois femmes. Des relations re-visitées par leur âge, leurs configurations familiales variées. Entre mouvements consentis de tendresse et d’accueil de l’autre et réflexes de jalousie ou de repli, quand s’immisce un tiers dans une relation à deux.
Les trois hommes les plus importants de la vie de ces femmes - le fils d’Astrid, le frère de Sara et le père d’Eva - s’invitent sur la scène, mi-virtuels mi-réels, « joués » par les trois amies qui endossent le rôle de l’autre masculin ou féminin - père, frère, fils ou mère. Théâtre dans le théâtre.
Un patchwork ludique subtil, puisque d’une situation donnée, on verse dans une autre, à la rencontre de l’intimité fondatrice de chacune des figures : des observations comportementales présentes et passées, remontant à l’enfance. Disparition tragique parentale pour l’une, abandon maternel pour l’autre, en échange d’un refuge paternel bien insatisfaisant, et pour la troisième, dé-saisissement de l’amour d’un fils qui préfère une compagne non-aimante. Manques, grandes souffrances et petites trahisons, contrariétés et dépits.
Pour redonner le goût de la vie à son fils dépressif depuis une rupture sentimentale, Astrid lui laisse les étages de la maison, « à sa place ». La transformation des lieux re-configure des relations ambivalentes tendues.
Le théâtre d’Arne Lygre scrute l’état de notre monde, l’écartèlement d’êtres déchirés entre un besoin de l’autre - sécurité du lien - et une revendication d’’indépendance - peur du lien -, des aventures affectives de notre époque.
« Soit les aspirations contradictoires de notre vie contemporaine : à la fois un besoin de liberté, d’indépendance, mais aussi, dans un monde anxiogène et en perpétuel changement, un besoin de sécurité, voire de repli - la difficulté de cette cohabitation au sein des liens affectifs noués. » (S. Braunschweig)
« C’est si fragile.C’est si difficile de trouver l’adéquation entre ce q’on veut dire et ce qui parvient à l’autre. Ce que l’autre peut en comprendre. » (A. Lygre, A notre place)
Clotilde Mollet - faussement naïve, à la fois sérieuse et joueuse - est Astrid, celle autour de qui tournent les deux autres ; plus « expérimentée », elle écoute et s’impose toujours en définitive, sûre de son désir, quand bien même sa propre mère disparue, un chagrin profond l’a submergée.
Cécile Coustillac - pudique, réservée mais obstinée - est Eva, partie puis revenue, constante et fragile en même temps, se méfiant de sa rivale Sara. Quant à celle-ci, portée par le jeu de Chloé Réjon, elle est vive, tonique, décontenancée aussi, observatrice et capable de se remettre sur pieds.
Un trio féminin - l’une chante, l’autre danse et la troisième joue du piano - en nuances et en circonspection, soit la retenue et la finesse des relations existentielles qui non formulées mais vivantes s’échappent dans un cri muet.
A notre place, texte (L’Arche Editeur) de Arne Lygre, mise en scène et scénographie de Stéphane Braunschweig. Avec Cécile Coustillac, Clotilde Mollet, Chloé Réjon. Traduction Stéphane Braunschweig et Astrid Schenka, collaboration artistique Anne-Françoise Benhamou, collaboration à la scénographie Alexandre de Dardel, costumes Thibault Vancraenenbroeck, lumières Marion Hewlett, son Xavier Jacquot. Du 18 mars au 17 avril 2026 au Petit théâtre, du mercredi au samedi à 20h, mardi à 19h, à La Colline - Théâtre National.
Crédit photo : Simon Gosselin



