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Critiques / Opéra & Classique

Donnerstag aus Licht de Karlheinz Stockhausen

par Caroline Alexander

Le magnétisme d’un voyage musical au cœur du moi

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Programmer en première française l’œuvre d’un maître de la musique sérielle, un opéra aux figures abstraites s’étalant sur près de cinq heures de spectacle constitue une gageure que l’Opéra Comique vient de relever en splendeur.

Ce Donnerstag aus Licht/Jeudi de lumière est le premier d’un cycle de sept opéras aux noms des sept jours de la semaine, inventé, fabriqué, composé par Karlheinz Stockhausen (1928-2007) entre 1978 et 2003, un monument géant d’une ampleur inégalée à côté de laquelle l’intégralité de la Tétralogie de Wagner ferait figure de nain.

C’est un voyage dans l’intime où les instruments de musique sont des personnages partis à la conquête d’un idéal de lumière que vient bousculer et contrecarrer l’ombre du mal. Les symboles déferlent en cascade entre la nuit et le jour, le bien et le mal que vient apaiser un arc en ciel en demi-cercle aux couleurs porteuses de tous les espoirs.

Dans ces trois actes composés pour solistes, chœur et orchestre, flotte quelque chose de magique qui emporte au-delà de la compréhension et de la logique. On y suit la vie et les pérégrinations de l’archange Michael circulant et vibrant sous trois identités, il est ténor, trompettiste et danseur. Ses partenaires subissent les mêmes triples dédoublements, Eva est soprano, danseuse et joueuse de cor de basset, Luzifer est basse, tromboniste et danseur. Ils vont, en trois actes passer de l’enfance et de l’adolescence à un tour du monde avant de retrouver le sol du pays natal où l’attendent un « festival » (avec quintuple chœur) préparé par Eva et, pour conclure, la « vision » du monde en devenir.

L’ensemble, gonflé par l’électronique, est truffé de chants, de numéros de solistes vocaux ou instrumentistes, de plages envoûtantes de musique pour orchestre où se bousculent des effluves de Messiaen, de jazz, de flamenco.

Côté musique, Maxime Pascal et son formidable ensemble Le Balcon, - souvent entendu à l’Athénée, voir entre autres WT 3858 et 4574 - Benjamin Lazar pour la mise en scène, ont tous suivi à la lettre, à la virgule, à la note toutes les didascalies dont Stockhausen a émaillé ses partitions. Il a tout prévu, du plus petit soupir à la plus grande enjambée, chaque son, chaque geste est précisé avec une minutie de géomètre. Chef d’orchestre et metteur en scène y ont consenti en enthousiasme et créativité.

Ils sont une vingtaine à se partager les rôles en jeu, en voix, en instruments, en danses. Le ténor Damien Bigourdan au timbre ensoleillé est le premier Michael, qui devient, plus ombré Safir Behloul à l’acte III, Léa Trommelschlager et Elise Chauvin aux aigus célestes incarnent tour à tour Eva, Henri Deléger à la trompette se livre à l’acte II à un fascinant solo (concerto ?), le cor de basset emplumé d’Iris Zeroud fait l’empêcheur de tourner en rond, Alice Caubit et Ghislain Roffat à la clarinette donnent des ailes aux hirondelles… Des vidéos conçues par Yann Chapotel projettent des images de cinéma noir/blanc où l’on reconnaît des silhouettes de poilus en guerre, les jeux de lumières signés Christophe Naillet réent des décors mouvants de rêve et de cauchemars.

Quand ce Donnerstag, ce Jeudi des lumières s’achève au terme de quatre heures et vingt minutes de magie, on en voudrait encore. On reste un peu abasourdis à faire quelques pas sur le parvis de l’Opéra Comique tandis que retentit, venant en spatialisation, on ne sait d’où l’Abschied/l’Adieu de Stockhausen.

Donnerstag aus Licht de Karlheinz Stockhausen, ensemble Le Balcon, direction Maxime Pascal, mise en scène Benjamin Lazar, décors et costumes Adeline Caron, lumières Christophe Naillet, vidéo Yann Chapotel, informatique musicale Augustin Muller. Avec Damien Bigourdan, Safir Behloul, Henri Deléger, Emmanuelle Grach, Léa Trommelschlager, Elise Chauvin, Iris Zerdoud, Suzanne Meyer,, Damien Pass, Mathieu Adam, Alphonse Cemin, Alice Caubit, Ghislain Raffat….

Opéra Comique les 15, 17 & 19 novembre 2018
01 70 23 01 31 – www.opera-comique.com

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