Accueil > Pierrot Lunaire d’Arnold Schönberg – Paroles et musique de Samuel Beckett et (...)

Critiques / Opéra & Classique

Pierrot Lunaire d’Arnold Schönberg – Paroles et musique de Samuel Beckett et Morton Feldman

par Caroline Alexander

De la musique en 3D : Maxime Pascal et son Ensemble Le Balcon s’offrent tous les excès

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

L’ensemble instrumental Le Balcon, spécialiste de musique contemporaine, créé il y a cinq ans par le très jeune Maxime Pascal – 28 ans aujourd’hui – a pris résidence au Théâtre de l’Athénée dont il ouvre la saison. On l’y avait découvert il a quelques mois avec une réalisation époustouflante et totalement hors norme de l’opéra de Richard Strauss Ariane à Naxos.

Deux pièces aussi dissemblables par leur contenu que par leur traitement tiennent l’affiche de cette rentrée. Arnold Schönberg (1874-1951), l’inventeur et le pape des dissonances de la musique dodécaphonique, et son Pierrot Lunaire ouvre le bal des sonorités amplifiées qui constituent la marque de fabrique du Balcon. Composé en 1912 d’après des poèmes d’Albert Giraud (1860-1929), traduit en allemand par Otto Erich Hartleben (1864-1905), ce Pierrot de lune démoniaque, sanguinaire et quasi cannibale, où se fondent le parlé et le chanté ( le « sprechgesang » allemand), préfigure les théories d’atonalité que Schönberg allait développer un peu plus tard.

La tradition retournée comme un gant

L’œuvre est généralement jouée en version de concert avec une récitante cantatrice. L’équipe du Balcon – Maxime Pascal son chef d’orchestre, Luis Nieto, son metteur en scène- vidéaste et Florent Derex, son metteur en ondes - retourne la tradition comme un gant ayant trop servi. Un homme – Damien Bigourdan, comédien, chanteur, mime – assure le texte et son chant avec un aplomb et une inventivité de virtuose, jouant et se jouant d’une véritable avalanche d’images et d’effets spéciaux bondissant d’une lune suspendue jusqu’au sol où gisent des cadavres disloqués. Ils s’enchainent sans répit, se superposent, s’écrasent. Péché de jeunesse sans doute que ce besoin de montrer en une fois tout son savoir- faire. Nieto saura un jour qu’avec un peu moins, il peut faire beaucoup plus.

Tout est sonorisé, l’orchestre comme le récitant-chanteur. Les instruments – piano, violon, alto, clarinette, violoncelle, flûte… - résonnent en 3D, comme au ciné. La voix flotte par-dessus son interprète, et, où qu’il se trouve, semble jaillir du même endroit.

Danse macabre de mots et de l’usage du vocabulaire

Cet effet un rien pervers se ressent moins dans Paroles et Musique présenté en deuxième partie où tout se passe exactement à l’inverse. Ici, dans cette danse macabre des mots et de l’usage du vocabulaire, il n’y a rien à voir, sinon la silhouette d’un vieil homme en pull rouge, assis au premier rang d’orchestre – au même niveau que les musiciens.-. Tout est noir, statique, hormis la musique de l’américain Morton Feldman auquel Samuel Beckett avait confié sa « pièce radiophonique ». Quand le rideau se lève enfin sur l’orchestre installé sur scène, Maxime Pascal signe la dernière battue de l’œuvre.

Deux fois 35 minutes d’un monde sonore à découvrir.

Pierrot Lunaire d’Arnold Schönberg – Paroles et Musique de Samuel Beckett et Morton Feldman, ensemble Le Balcon, direction Maxime Pascal, mise en scène, vidéo, Luis Nieto, projection sonore Florent Derex, costumes Pascale Lavandier. Avec Damien Bigourdan et Eric Houzelot .

Théâtre de l’Athénée, les 25, 26, 27, 28 septembre à 20h.

01 53 05 19 19 – www.athenee-theatre.com

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.