Du 21 mai au 1er juillet, du jeudi au samedi 21h, dimanche 15h, 18 juin 18h30,Théâtre de l’Atelier.

C’est si simple l’amour, de Lars Noren, traduction Aino Höglund et Amélie Wendling, adaptation Alain Fromager et Amélie Wendling, mise en scène Charles Berling.

La mécanique infernale et boulevardienne de la jalousie.

C'est si simple l'amour, de Lars Noren, traduction Aino Höglund et Amélie Wendling, adaptation Alain Fromager et Amélie Wendling, mise en scène Charles Berling.

Le titre, C’est si simple l’amour, est une antiphrase qui illustrerait de belles scènes de ménage théâtrales de Strindberg à Albee, et déjà dans Démons, pièce plus connue de Lars Noren. Charles Berling a orchestré le jeu des meurtrissures et des morsures au sens propre et figuré des deux couples qui occupent la scène avec un parti pris à la fois naturaliste et burlesque, entre théâtre psychologique et boulevard.

Alma et Robert viennent de jouer la première de leur dernière création théâtrale. Ils forment un couple admiré à la ville comme sur la scène. Ils rentrent chez eux déjà pompettes après le pot de circonstances, en compagnie de leurs amis Heda et de Jonas, tout aussi éméchés. Les prénoms choisis sont des réminiscences de films et de pièces célèbres, inscrivant d’emblée ce qui va suivre dans l’exhibition et l’exacerbation de relations d’amour-haine crument exposées .

Eclats de voix, les quatre amis arrivent du fond de scène et s’installent sur deux canapés en vis-à-vis avec au milieu un bar aux parois transparentes, rempli de bouteille d’alcool. Des membres du public sont assis autour d’eux, les deux canapés forment un ring très étroit où les corps se rapprochent et se repoussent (les dimensions de la scène du théâtre ont sans doute contraint l’espace de jeu). Le duo de canapés induit pour le spectateur, en fonction de sa place, une vision partielle des protagonistes qui stimule la perception de la violence et des non-dits qui ne cessent de croître tout au long de la représentation. S’asseoir, se lever sans arrêt, le repos n’est qu’un répit, les duels sont permanents.

Robert, le maître de céans, ne cesse de remplir les verres en montrant de plus en plus d’agitation. Sa compagne Alma essaie de le calmer alors qu’il cherche manifestement à la provoquer en l’injuriant et l’humiliant. Robert est en proie à une jalousie aussi théâtrale que maladive. Hedda et Jonas apparaissent d’abord comme des témoins gênés puis rentrent dans la danse.

Au menu, le mal d’enfant, la violence masculine, les infidélités, les échecs et la médiocrité que chacun se renvoie à la figure. Qui est le plus pervers dans tout ça, question de point-de-vue, car tous les quatre s’avèrent être de jolis monstres, si ce n’est que les femmes demeurent au bout du compte des victimes, la raison du plus fort appartient aux hommes.

Le quatuor est remarquable de sadisme et de ridicule : Robert (Charles Berling) dans sa fureur destructrice, Alma dans son incapacité à maintenir les apparences (Bérangère Warluzel). Hedda dans ses faux airs de Maryline (sa tenue mal seyante pourrait être mieux choisie) et Jonas dans son machiavélisme (comme chez Bergman, les psy n’ont pas le beau rôle) sous couvert de bons offices. Tous les quatre essaient de s’inventer une posture qui ne cache qu’effroi et frustration, tous sont sincères et ne le sont pas, comédiens dans la vie comme sur les planches.

Lars Noren s’est aussi amusé à croquer un microcosme où les ego s’étalent sans limite et le spectacle l’illustre parfaitement. Il est conçu en diptyque avec Lost and Found une autre pièce de Noren donnée également au Théâtre de l’Atelier.

C’est si simple l’amour, de Lars Noren, traduction Aino Höglund et Amélie Wendling, adaptation Alain Fromager et Amélie Wendling, mise en scène Charles Berling, scénographie Charles Berling et Mario Giusti, costumes Bernadette Villard, lumières Mario Giusti, avec Charles Berling, Alain Fromager, Caroline Proust, Bérangère Warluzel. Du 21 mai au 1er juillet jeudi au samedi 21h, dimanche 15h, 18 juin 18h30,Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin 75018, Paris. Tél : 01 46 06 49 24, billeterie@theatre-atelier.com
Crédit photo : Vincent Bérenger.

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Louis Juzot

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