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L’âme du théâtre africain mise à nue

par Anaëlle Asseray

Banissa Méwé, metteur en scène togolais

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Banissa Méwé, parlez-nous de vous, de votre parcours...

Je suis né au Togo. Mon père étant metteur en scène, j’ai joué ma première pièce, de Molière, à l’âge de neuf ans. J’étais pourtant parti pour détester le théâtre : tous les mercredi soir je devais aider mon père à transporter les décors et accessoires de mise en scène sur les lieux de répétition. Or, le mercredi était également le jour du football !

J’ai alors eu la chance de rencontrer Jean Meverse, un metteur en scène français. Il m’a permit de participer à un stage qu’il dirigeait et m’a transmit son amour du théâtre.

Une chose est fondamentale pour moi : je suis sans cesse à la recherche de l’esthétique.
Mes pièces sont plus axées sur la forme, la mise en scène que sur le fond. Il y a tellement de possibilités de mise en scène d’un texte, d’interpréation par les comédiens. J’ai longtemps été écrivain, comédien et metteur en scène. Quand j’ai crée l’Ensemble Artistique de Lomé en 1990, j’avais les trois casquettes. Puis, un jour, j’ai ressenti l’envie de me consacrer uniquement à l’écriture et à la mise en scène de mes pièces.

Pouvez-vous nous faire un rapide portrait du théâtre au Togo ?

La notion du théâtre a longtemps été mal perçue voire inconnue pour de nombreux togolais. Ils prenaient pour du théâtre les sketchs diffusés tous les mercredi après-midi à la télévision.
J’ai tenté de leur démontrer que ce divertissement n’était pas du théâtre.

Pour ce faire j’ai, en collaboration avec Jean Meverse, monté plusieurs petites pièces de théâtre.
Chacune durait en moyenne dix minutes et mettait en scène un aspect de la vie quotidienne togolaise pris sous un angle humoristique.
Depuis, il y a eu un foisonnement de théâtre dans les quartiers, dans les écoles...

J’ai moi-même créé un festival, en 1999-2000 “Dz’Alele”, le Festival international de l’ouverture.
Au Togo, certains divertissements ne sont accessibles qu’aux personnes riches. Je n’ai jamais considéré le théâtre de cette façon.
J’ai donc voulu, par le biais de ce festival, ouvrir le théâtre à tous.
Le but final étant de toucher toutes les catégories sociales.
Malheureusement , ce festival a été récupéré politiquement et nous avons du y mettre fin.

A ce propos, quelles sont les relations avec les institutions togolaises ? Qu’en est -il de la liberté d’expression ?

J’ai rencontré quelques difficultés avec les institutions togolaises. La plus belle anecdote date de 1993.

Ma pièce “La traversée du désert” avait été de nombreuses fois primée au Togo et en Afrique de l’Ouest.
Le Ministère de la culture a annoncé qu’un festival serait organisé pour décider de la troupe qui représenterait le Togo au FITD (Festival international de théâtre pour le développement ) à Ouaga (Burkina Faso), et au Festival de la Francophonie, à Bouaké (Côte d’Ivoire). Nous avons remporté le premier prix.
Le Ministère de la culture a décidé, sans nous en informer, d’envoyer une autre troupe au festival de la francophonie.
Celle-ci n’avait même pas participé aux sélections. La raison évoquée par le ministre concernait les coûts : ils n’étaient que 5 alors que nous étions 8 dans ma troupe. J’ai du réécrire ma pièce pour qu’elle ne compte que 5 acteurs et finalement nous avons participé au festival. Nous avons remporté le Premier Prix de la mise en scène.

Cependant, depuis que je suis reconnu, que j’ai remporté de nombreux autres prix, je ne rencontre plus de problèmes avec les autorités... au contraire ils vont même jusqu’à mettre à ma disposition voiture et chauffeur....

Concernant la liberté d’expression, il y a effectivement des sujets difficiles à aborder. Tout ce qui touche au gouvernement, à la dictature, à la corruption, à la sexualité est souvent censuré.

J’ai moi même rencontré des difficultés, en 1991, avec ma pièce “Le grand refus”.
Celle-ci racontait l’histoire d’un village dont le chef venait de mourir. Les hautes personalités du district veulent alors imposer un remplaçant alors que les villageois n’en veulent pas.
Des sommes d’argents sont données à certaines personnes du village afin qu’elles imposent le calme.
Cette pièce mettait en avant des sujets sensibles au Togo tel que le pouvoir excessif de certains dignitaires, la corruption, et le nombre de décès important dus aux conditions de vie. J’ai dû de nombreuses fois réécrire mes textes et même en supprimer certains.
Deux mois après mes premières représentations, les togolais se sont soulevés pour dire non à la dictature. J’ai bien sûr du annuler mes dernières représentations. Le gouvernement était persuadé que ma pièce était un appel à la révolte.

Concernant la circulation du théâtre en Afrique, quel est votre point de vue ?

Les choses ont beaucoup changé depuis mon enfance.
Le théâtre a su, petit à petit, se faire une place.

De nombreux festivals ont vu le jour, de nombreux metteurs en scène, comédiens peuvent désormais vivre de leur métier.
C’est désormais un art reconnu, au même titre que la danse, que le cinéma...

Les gouvernements sont de moins en moins rétissants quand il s’agit de financer une troupe représentant leur pays. C’est une immense opportunité que de participer à un festival tel que le FITHEB ou le Festival de la francophonie.

Certains pays sont mieux représentés au niveau théâtral. Le Burkina Fasso, par exemple, dispose de plusieurs troupes mais également de plusieurs lieux de représentations.

Au Togo, on en est loin. Beaucoup de troupes existent mais nous manquons cruellement de salles de répétitions.

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