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Critiques / Opéra & Classique

Madame Butterfly de Giacomo Puccini

par Quentin Laurens

Postures, manières et aléas

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Soirée singulière à Bastille (18 septembre) pour la reprise de Madame Butterfly dans la mise en scène de Bob Wilson, dont la deuxième partie aura été donnée en version de concert à la suite d’un « gros problème technique » que les équipes de l’Opéra de Paris n’auront pas réussi à solutionner pendant l’entracte.

Plongée au Japon, où Lord Pinkerton se marie à Cio-Cio San à l’occasion d’une halte prolongée dans la baie de Nagasaki, avant de reprendre la mer, de s’en éloigner et l’oublier à tout jamais. A son retour trois ans plus tard, Kate Pinkerton, sa nouvelle femme a remplacé la jeune geisha dans le cœur du marin. Entre les deux, leur enfant, source de tourments et de douleurs encore plus profondes, apparaît sur scène pour ajouter à la compassion naturelle.

On reconnaît sans peine la signature Bob Wilson dans ce Madame Butterfly montré au public parisien pour la première fois en 1993 : décors et costumes sobres, épurés, jeu d’acteur extrêmement maniéré, mouvement plus que limité. Si l’ensemble vire au minimalisme, la recherche esthétique est, elle, maximale grâce notamment à d’élégants jeux d’ombres et de lumières, à des postures et gestuelles raffinées. L’habileté de cette mise en scène est d’avoir finement croisé deux univers bien différents : la pâte Wilson d’un côté, les emprunts japonais de l’autre, avec en particulier les références au théâtre Nô, grâce au concours de la chorégraphe Suzuki Hanayagi.

Si l’on peut goûter ce raffinement, cette mise en scène lente et posturale est parfois longue et pesante. Mais le public parisien n’aura le loisir de la voir que pour la première partie, le porte-parole de la Maison annonçant après l’entracte que les équipes faisaient de leur mieux pour réparer un incident majeur, avant de donner le verdict : la seconde partie sera chantée en version de concert, avec les décors du premier acte. Applaudissements épars et huées nourries dans le public… Il faudra donc faire avec encore moins d’action pour la suite de la soirée…

Il revenait à la musique d’animer cette représentation, ce que le chef italien Giacomo Sagripanti avec l’Orchestre de l’Opéra national de Paris s’est attaché à faire avec justesse et réussite. Le chef italien apporte le couleur et la vivacité absentes de la scène, sans toutefois négliger les instants de douceur et de gravité qu’appellent la partition. Les chœurs donnent une belle performance, à l’image de l’intermède a bocca chiusa, plein de subtilité.

Une « tragédie japonaise en deux actes » conduite par des voix convaincantes au premier rang desquels Ana María Martínez, qui impressionne par une prestation toute de fragilité et de sensibilité. Sa Cio-Cio-San est réaliste, tant dans l’emphase passionnelle que dans l’amour tragique, elle clame sa douleur dans les larmes, tout en s’attachant –mise en scène ou non- à jouer avec finesse ce théâtre japonais. La voix est délicate et droite, mais la chanteuse portoricaine semble parfois timorée, comme pour s’économiser. La sagesse de l’âge pour celle qui pourtant incarne une jeune femme de 15 ans ?

A son côté, Marie-Nicole Lemieux chante une Suzuki à la ligne de chant souple et douce. Ses accents de colère sont sincères lorsqu’elle découvre l’existence de Kate, la « remplaçante » de sa maîtresse. Sans voler la vedette à la soprano, Lemieux se démarque.

Pinkerton lui répond dans un style plein de confiance et de bravade. La voix bien timbrée et assurée colle au personnage, la projection est claire, le chant vaillant.
Belle prestation de Laurent Naouri en Consul Sharpless, qui mêle autorité et compassion grâce à une voix profonde et à une stature toute à-propos. L’entremetteur, le Goro de Rodolphe Briand est bien retranscrit, une voix de fausset nourrie de malice, de simplicité et de dévouement. Sans qu’on ne les entende beaucoup, les seconds rôles sont bien tenus.

Soirée particulière à Bastille pour cette Madame Butterfly, dont on ne pouvait attendre que peu de surprises. Elles sont finalement venues des voix et des aléas incontrôlés de la scène : c’est ça aussi, le spectacle vivant...

Madame Butterfly de Giacomo Puccini, livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa, d’après la pièce de David Belasco, adaptée d’une nouvelle de John Luther Long.
Orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris ; direction Giacomo Sagripanti, chef de chœur Alessandro Di Stefano.

Mise en scène : Robert Wilson ; co-metteur en scène : Giuseppe Frigeni ; costumes : Frida Parmeggiani ; lumières : Robert Wilson et Heinrich Brunke ; chorégraphie Suzushi Hanayagi ; dramaturgie : Holm Keller.

En double-distribution,
Avec (première distribution) :
Ana Maria Martinez, Marie-Nicole Lemieux, Giorgio Berrugi, Laurent Naouri, Rodolphe Birand, Tomasz Kumiega, Jeanne Ireland, Robert Pomakov, Jian-Hong Zhao, Chae Wook Lim, Hyoung-Min Oh, Laura Agnoloni, Carole Collineau, Sylvie Delaunay.
Opéra Bastille, les 14 et 19 septembre, 9, 12, 19, 26, 29, 30 octobre, 1er, 2, 5, 6, 8, 9, 13 novembre 2019.

08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr

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