Du 10 au 21 mars, mardi au vendredi 20h, samedi 18h, Théâtre de La Commune, Centre dramatique national d’Aubervilliers, 2 rue Edouard Poisson, Aubervilliers, Tél : 01 48 33 16 16, lacommune-aubervilliers.fr

La Gueule ouverte, texte et mise en scène Julien Gaspar-Oliveri.

Une approche de l’inceste investie mais qui prête à confusion.

La Gueule ouverte, texte et mise en scène Julien Gaspar-Oliveri.

Comment dire l’indicible ? C’est le fil rouge du spectacle conçu par Julien Gaspar-Oliveri, connu pour la série « Ceux qui rougissent », un titre qui comme « La Gueule ouverte « évoque une forme de symptomatologie. Comment dire sa souffrance quand on est en position de faiblesse comme un enfant ou quand la culpabilité et la honte vous en empêchent et comment l’exprimer dans l’art ?
La réponse est laissée au corps qui porte toute la souffrance, l’exprime par-delà les mots que l’on ne prononce pas, comme celui d’inceste.

Une geste théâtrale très stanislavskienne puisque six jeunes comédiens vont se confronter à cette douleur en puisant en eux-mêmes la matière du spectacle. Ils commencent par lire une lettre à leur géniteur, à leur papa. Des lettres reproduites sur leur téléphone que le metteur en scène leur a demandé d’écrire et la plupart d’entre elles, sauf une très violente, sont marquées par la tendresse. C’’est en se penchant sur leur propre rapport filial que les jeunes comédiens vont rentrer dans la peau de victimes de l’inceste. Est-ce possible de ressentir intensément le traumatisme vécu pas d’autres et de le restituer sur scène ? Du moins de s’en approcher. Olivier Gaspar-Oliveri dans l’interview de la feuille de salle dit qu’« il faut raconter le paradoxe, il faut raconter l’amour que l’on porte à son parent, car s’il n’y a pas le sentiment d’amour, alors il n’y a pas le sentiment d’inceste, il n’y a que le sentiment de l’agression ».

Passé le prologue, commence la fable en tant que telle, une jeune femme Sarah, toxicomane en errance, rongée par la dépression et le mal-être converse avec Liza, une IA qui est, semble-t-il, devenue sa seule confidente. Sarah vient d’apprendre que son père est mourant et l’appelle à son chevet ; la suite est toute l’histoire des relations entre Sarah, sa fratrie, Mani et Tanguy, Jeanne et ce père violent et donc incestueux Gomidas. Les noms sont les prénoms des comédiens, l’exercice d’intériorisation des personnages est poussé jusqu’à l’élaboration de l’écriture de plateau et de la mise en forme du spectacle.

Le résultat est d’une certaine façon ambivalent.

D’un côté, « La Gueule ouverte » est indéniablement habité. La présence des six acteurs qui dans l’espace bi-frontal se livrent avec un engagement total dans l’incarnation de leurs personnages est remarquable .Les flexions et les contorsions des corps violentés , les mouvements de groupe chorégraphiés sur fond de techno pulsionnel, les paroles vociférées du père, la gêne de la demi-sœur Jeanne qui préserve les apparences, la culpabilité de Mani qui n’a pas su protéger Sarah, la possible agression des deux frères par le père …Tout est porté avec force et conviction.

De l’autre, hormis le personnage du père dont la violence est clairement exposée, les conséquences du traumatisme pour Sarah comme pour ses frères se diluent dans une esthétique où les effets sont trop apparents, trop envahissants, comme des chorégraphies sur fond de musique techno sensées représenter des moments fantasmés.

L’intervention de l’IA, même si elle s’entend comme nécessité de se confier à quelqu’un, n’apporte rien à la fable. Le fil se perd et c’est la confusion des sentiments qui l’emporte alors que l’inceste, même s’il est suggéré, si le mot n’est pas prononcé, doit être dénoncé sans détour et sans faux-semblant justement parce qu’il est un crime à part entière et sans amour, comme tous les abus sur les enfants et les êtres fragiles.

Louis Juzot

La Gueule ouverte, mise en scène Julien Gaspar-Oliveri, texte Julien Gaspar-Oliveri, lumière Sebian Falk, son Tom Menigault, costumes Floriane Gaudin, avec Liza Alegria Ndikita, Gomidas Calis, Mani Choukrane, Jeanne Guinebretière, Tanguy Malaterre , Sarah Murcia. Du 10 au 21 mars, mardi au vendredi 20h, samedi 18h, Théâtre de La Commune, Centre dramatique national d’Aubervilliers, 2 rue Edouard Poisson, Aubervilliers, Tél : 01 48 33 16 16, lacommune-aubervilliers.fr
Crédit photo : Aurore Baldy.

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