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Critiques / Opéra & Classique

Eine Florentinische Tragödie/Une tragédie florentine de Alexander von Zemlinski - Gianni Schicchi de Giacomo Puccini

par Jaime Estapà i Argemí

Deux pièces qui commencent mal (pour certains) et se terminent bien (pas pour tous)

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Comme chaque année l’Opéra de Lyon propose un festival à l’intérieur de la programmation de la saison. Cette année Serge Dorny, directeur général de la maison, a voulu porter témoignage « du bouillonnement artistique et musical du début du XXème siècle ». Le festival a pour titre : PUCCINI PLUS.

En font l’ossature les trois œuvres du Triptyque de Giacomo Puccini, chacune mise en correspondance avec une pièce contemporaine : Von heute auf morgen d’Arnold Shoenberg a été présentée avec Il tabarro, Suor Angelica avec Sancta Susana de Paul Hindemith, et Gianni Schicchi avec Eine florentinische Tragödie/Une tragédie florentine de Alexander von Zemlinski. Le triptyque est donné en intégrale en fin de festival.

Voici deux histoires qui ont un dénominateur commun : la ville de Florence. L’opéra y est né, elle a donné deux reines à la France et le transport (de troupes) puis le commerce s’y sont développés. Mais comme toute grande métropole elle a également hébergé des miséreux, des familles déshéritées, et sans doute aussi des « picaros », ces personnages qui, tel el Lazarillo de Tormes (1554) ont enrichi la littérature de leurs vies misérables, couronnées souvent à la fin de demi-succès économiques et sociaux.

Ainsi donc les deux opéras présentés complètent le tableau de cette extraordinaire ville toscane : La tragédie florentine, évoque « en 55 minutes d’orage musical et mental » (Voir WT du 20 Septembre 2006 l’article de Caroline Alexander) la force souvent violente de ceux qui pratiquent le commerce, mais aussi l’état de décomposition d’un pouvoir installé qui méprise ceux qui ont bâti la ville et la consolide tous les jours. Gianni Schicchi brosse le tableau d’une famille veule et fade, trompée par un ancien paysan devenu citadin et déjà picaro de haut vol. Le livret de Giovacchino Forzano s’inspire très librement d’un épisode de l’Enfer de la Divine Comédie de Dante Alighieri

Où tout se joue dans les deux dernières phrases.

L’Opéra de Lyon a repris cette année l’oeuvre d’Alexandre von Zemlinski dans une production déjà présentée en 2007, et qui à cette époque était accompagnée de Luce mie traditrice de Salvatore Sciarrino. Toutes deux se déroulaient dans le même décor – signé Jean Pierre Vergier -, puisqu’elles racontaient la même histoire issue de la pièce d’Oscar Wilde. Cette fois-ci La tragédie florentine est représentée avec Gianni Schicchi de Giacomo Puccini. Georges Lavaudant fait évoluer ses trois personnages dans un univers sombre, animé de jeux d’ombres venus tout droit du cinéma impressionniste allemand. Il a réussi par sa sobriété à nous faire entrer dans l’atmosphère pesante et fermée de ce monde familial où l’autorité du « pater familias » remplace l’amour des époux et dont la seule vraie raison d’exister est le commerce : Simon a des tissus pour toutes les bourses, il les connait par cœur. Seul un évènement inattendu et violent,la mort de Guido, l’intrus, vient révéler la vraie personnalité des époux. Cette transfiguration entraine alors leur reconnaissance mutuelle : « Pourquoi ne m’as-tu pas dit que tu étais si fort ? » dit Bianca devant le corps de son amant que son mari vient de tuer, et Simon de répondre « Pourquoi ne m’as-tu pas dit que tu étais si belle ? ».

Martin Winkle a interprété Simon d’une voix tonnante, démontrant dès le début qu’il était dangereux de se frotter à ses colères. Gun-Brit Barkmin a joué le rôle de la femme soumise seulement en apparence, attirée par l’argent et le pouvoir, incitant avec une grande autorité son amant –le pâlot Guido Bardi- à la débarrasser de son mari. C’est Thomas Piffka, sans doute le plus faible vocalement de la distribution, qui a tenu le rôle de cet enfant gâté qui s’amuse à intervenir dans les vies des autres. L’orchestre sous la direction de Bernhard Kontarsky s’est montré quelque peu dépassé par les événements au départ mais a repris ses esprits et a appuyé les chanteurs, sans trop les dépasser par la suite.

Un désordre organisé et une distribution égayée de quelques pépites

C’est bien par l’orchestre, dirigé d’une main de fer par Gaetano d’Espinosa que la rupture entre les deux parties de la soirée s’est opérée : la sérénité finale du couple retrouvé se transforme presque sans transition en un ostinato qui accentue les fausses larmes de la famille Donati devant le cadavre du riche Buoso leur protecteur. Le décor de Johan Engels donne une priorité absolue à la présence de la mort et aux richesses de Buoso Donati.

La défection au dernier moment de Benjamin Bernheïm –Rinuccio- a permis de réécouter Saimir Pirgu déjà applaudi à Paris (Voir WT du 8 octobre 2010 l’article de Caroline Alexander). A ses côtés le public a apprécié Ivana Rasko dans le rôle de Lauretta, ingénue certes mais totalement déterminée. Afin de gagner « l’anello » et épouser son jeune amoureux, elle réussit à infléchir l’irrévocable décision de son père –Werner van Mechelen très crédible dans le rôle titre- qui refuse au départ d’aider les héritiers à récupérer leur héritage. Le reste de la distribution s’est montré obéissant aux exigences du chef d’orchestre ainsi qu’aux indications de David Pountney, dont la mise en scène abusivement caricaturale, a frôlé par moments le grand Guignol sans jamais y tomber toutefois.

Une conclusion inattendue

A la fin de l’histoire on a du mal à voir la ville des Médicis avec les yeux des jeunes amoureux Lauretta et de Rinuccio lorsqu’ils s’extasient : « Firenze da lontano, ci parve il Paradiso ! ». Après deux heures de spectacle saturées de mensonge, de haine, de trahison, de violence, ou encore de veulerie, d’égoïsme et de cynisme en tout genre, Florence nous apparaît bien au contraire comme l’Enfer ! Finalement Dante avait raison !

Eine florentinische Tragödie/Une tragédie florentine, opéra en un acte de Alexander von Zemlinski. Livret du compositeur d’après A florentine tragedy d’Oscar Wilde. Production de l’Opéra de Lyon. Mise en scène de Georges Lavaudant. Direction musicale de Bernhard Kontarsky. Avec : Martin Winkler, Gun-Brit Barkmin, Thomas Piffka .

Gianni Schicchi, opéra en un acte de Giacomo Puccini. Livret de Giovacchino Forzano sur un épisode de La Divina Commedia de Dante Alighieri. Nouvelle production de l’Opéra de Lyon. Mise en scène de David Poutney. Direction musicale de Gaetano d’Espinosa. Avec : Werner Van Mechelen, Ivana Rusko, Natascha Petrinsky, Saimir Pirgu,Wynne Evans, Agnes Selma Weiland….

Opéra National de Lyon, les 29 et 30 janvier et les 6 et 8 février.

Tél. 0 826 305 325 Fax +33 (0)4 72 00 45 46 http://www.opera-lyon.com

Photos Stofleth

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