Cendrillon de Pauline Viardot à Nantes jusqu’au 6 mars

CHARLES PERRAULT REVU ET CORRIGÉ

Une épatante version du célèbre conte de Perrault dans la version musicale de Pauline Viardot.

CHARLES PERRAULT REVU ET CORRIGÉ

Pauline Viardot (1821-1910), cantatrice et compositrice, écrivit Cendrillon sous la forme d’une pièce « de salon » pour piano et voix, afin qu’elle soit interprétée par des artistes en devenir. L’ouvrage fut donné pour la première fois le 23 avril 1904 dans les salons de Matilde de Nogueiras, chanteuse et ancienne élève de la compositrice.

L’œuvre originale, en trois actes et moins d’une heure de durée, raconte la célèbre histoire de Cendrillon telle que l’a popularisée Charles Perrault, tout en y apportant des transformations et des ajouts, reflétant l’actualité de l’époque. Un exemple : le père de Cendrillon, le baron de Pictordu, y apparaît comme un nouveau riche attendrissant, enrichi grâce à des affaires douteuses : il vendait du « chocolat espagnol »… sans chocolat. Une probable allusion aux fortunes nées durant le Second Empire. Le qualificatif « espagnol » renvoie à la nationalité de l’impératrice Eugénie de Montijo. Le livret présenté ici est une adaptation du texte original retouché par David Lescot, qui a également signé la direction scénique.

Dans les conditions d’origine il était difficile de faire revivre l’opéra dans un théâtre musical traditionnel en raison des dimensions de la salle et de la brièveté de l’œuvre. C’est pourquoi l’adaptateur musical Jérémie Arcache s’est chargé d’enrichir la partition : au piano original il a ajouté un violoncelle, une clarinette et des percussions. Grâce à cette nouvelle orchestration et à quelques gags introduits par la mise en scène qui en rallongent la durée l’œuvre acquiert une dimension qui permet sa présentation au grand public.
Angers Nantes Opéra a ainsi pu présenter ce spectacle (un conte de renommée mondiale, avec quelques heureuses variations, découpé en trois tableaux très bien enchaînés et d’une durée d’une heure et dix minutes) à un public nombreux. Le public a pleinement répondu à l’invitation de l’institution.

Fusion entre fosse et scène

David Lescot propose une mise en scène linéaire et simple, enchaînant gestes et actions largement inspirés du registre du « comic ». Alyne Dardel, dans une scénographie très efficace bien appuyée par les lumières de Matthieu Durbec, a discrètement intégré l’orchestre au plateau, permettant une fusion dramatique totale entre fosse et scène. Si la direction musicale de la production est attribuée à Bianca Chillemi (et, à Nantes, à Amandine Duchêne) ; c’est cette dernière qui, depuis le piano, dirige avec une grande autorité musiciens et chanteurs.

Parmi les interprètes, on retiendra particulièrement Apolline Raï-Westphal dans le rôle de Cendrillon. Vocalement irréprochable, elle offre une émission sûre et claire, tout en affirmant avec conviction le caractère du personnage. À ses côtés, Clarisse Dalles (Maguelonne) et Romie Estèves (Armelinde) livrent quelques-uns des meilleurs moments comiques du spectacle. L’amour du Prince Charmant (Tsanta Ratia) apparaît dans le dialogue final avec Cendrillon, juste avant l’heure fatidique du retour.

Olivier Naveau construit avec professionnalisme la figure du baron de Pictordu, personnage au passé douteux. Lila Dufy résout sans difficulté apparente les exigences vocales de son rôle de la fée, marraine de Cendrillon. Enfin, Enguerrand de Hys campe avec assurance le comte Barigoule, ami du Prince.

Photo : Christophe Raynaud de Lage

Pauline Viardot : Cendrillon. Avec Apolline Raï-Westphal, Tsanta Ratia, Clarisse Dalles, Romie Estèves, Olivier Naeau, Enguerrand de Hys, Lila Dufy. Coproduction : Angers Nantes Opéra, Le Bateau Feu, Scène nationale de Dunkerque, Festival de Saint-Céré. Mise en scène : David Lescot ; scénographie : Alwyne de Dardel ; costumes : Mariane Delayre ; lumières : Matthieu Durbec. Adaptation musicale : Jérémie Arcache. Violoncelle : Clotilde Lacroix ; clarinette : Clément Caratini ; percusions : Théo Laperier ; piano et direction musicale : Amandine Duchêne. Nantes, Théâtre Graslin, 4 mars 2026. Représentations suivantes : 5 et 6 mars.

A propos de l'auteur
Jaime Estapà i Argemí
Jaime Estapà i Argemí

Je suis venu en France en 1966 diplômé de l’Ecole d’Ingénieurs Industriels de Barcelone pour travailler à la recherche opérationnelle au CERA (Centre d’études et recherches en automatismes) à Villacoublay puis chez Thomson Automatismes à Chatou....

Voir la fiche complète de l'auteur

Laisser un message

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

S'inscrire à notre lettre d'information
Commentaires récents
Articles récents
Facebook