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Critiques / Opéra & Classique

UNE TRAGEDIE FLORENTINE d’Alexander Zemlinsky

par Caroline Alexander

L’orage musical et mental de Zemlinsly

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Revanche tardive et belle reconnaissance : Alexander von Zemlinsky, l’oublié, reprend place et force sur les scènes lyriques tout comme dans les répertoires des orchestres symphoniques. Né à Vienne en 1871, mort oublié dans la banlieue de New York en 1942, il fut célèbre et célébré jusque dans les années trente du vingtième siècle avant d’être chassé par les nazis.

Après Le Nain (Der Zwerg) ressuscité à l’Opéra de Paris par James Conlon en 1998, après König Kandaules/Le Roi Kandaule, son dernier opus, superbement restitué par Bernard Kontarski et Jean-Claude Berutti l’hiver dernier dans une coproduction de l’Opéra Royal de Liège et de l’Opéra National de Lorraine - voir webthea du 9 février 2006 -, voici, enfin révélé en France, sous l’égide de cette même maison d’opéra nancéenne Une Tragédie Florentine, soit cinquante cinq minutes d’orage musical et mental qui vous traversent comme un laser.

Du soupçon à la certitude

Tout comme pour Le Nain, le sujet est tiré d’une nouvelle d’Oscar Wilde dont les noirceurs et les ambiguïtés décidément inspirèrent bien des hommes de musique de Richard Strauss à Mariotte et Zemlinsky. Cette tragédie à l’italienne située à l’aube du 16ème siècle tourne autour de la métamorphose des pensées d’un homme marié qui devine que sa femme le trompe, soit une suite de divagations qui vont du soupçon à la certitude, du détachement apparent à la violence déclarée.
De retour de voyage Simone, marchand de drap florentin découvre sa femme en compagnie d’un inconnu. Il présage son infortune puis va, par paliers successifs, démasquer le couple adultère. Il y aura duel et mort de l’amant. L’épouse qui méprisait son mari découvre sa force, le mari, qui prenait sa femme pour un objet utilitaire, prend conscience de sa beauté... Happy end en points d’interrogation ou désenchantement cynique ? A chacun de conclure...

Diana Axentii (Bianca) et Vincent Le Texier (Simone)

Plaisir de l’œil

Carlos Wagner, jeune metteur en scène vénézuélien, auteur justement de la réalisation d’une double Salomé de Strauss et Mariotte à Montpellier - voir webthea du 8 décembre 2005 - fait basculer l’intrigue de la fin du 15ème siècle à nos jours. Un transfert sans effet tape à l’œil moyennant quelques petits arrangements de crédibilité : où la quenouille devient une machine à coudre et où le duel entre le mari et l’amant se fait entre escrimeurs sportifs. Ainsi le thème de l’amour blessé reste intemporel. Tout se passe dans la boutique du marchand : un magasin de tissus avec ses ballots de soie et de cotons enroulés sur des étagères, une longue table pour mesurer les aunes, des effets de transparence et de lumières. Plaisir de l’œil.

Le baryton Vincent le Texier est Simone, le marchand trompé qui cogite et se venge. Il y croit, s’y adonne dans un mélange de puissance et de retenue. Sa voix pèche par manque d’héroïsme dans les moments de tension extrême, mais le timbre est vaillant et emporte le difficile morceau. Pour Guido, le trop fier amant, le ténor texan Chad Shelton - projection claire et jeu délié - fait plutôt bonne figure - tandis que la mezzo Diana Axentii bataille sans grand relief pour sortir Bianca du statut de second rôle.

Oreille à la fête

L’oreille surtout est à la fête. Grâce à la force de conviction de l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy qui littéralement fait flamber la musique de Zemlinsky. Comme toujours chez ce musicien immense au destin tragique, qui fut le professeur puis le beau-frère de Schönberg, chez ce grand pédagogue, grand chef d’orchestre et grand compositeur malheureux en amour, la douleur domine et emporte les sens dans une coulée de lave. Le jeune chef ukrainien Kirill Karabits en a merveilleusement saisi la pâte, les couleurs et l’infinie richesse. Vingt neuf ans à peine, tout feu tout flamme, une parfaite maîtrise et un enthousiasme contagieux : ce jeune talent est à suivre de près.

Une tragédie florentine d’Alexander Zemlinsky, livret d’Oscar Wilde d’après sa pièce homonyme, orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction Kirill Karabits, mise en scène Carlos Wagner, décors & costumes Rifail Ajdarpasic et Ariane Isabel Unfried, avec Vincent Le Texier, Chad Shelton, Diana Axentii

Opéra National de Lorraine, les 14, 15, 17, 19 & 20 septembre à 20h - 03 83 85 30 60

Photos : Ville de Nancy

Diana Axentii (Bianca) - Vincent Le Texier (Simone) et Chad Shelton (Guido Bardi

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