Accueil > Un amour sans résistance de Gilles Rozier

Critiques / Théâtre

Un amour sans résistance de Gilles Rozier

par Gilles Costaz

Ambivalence de la passion

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Il se passe quelque chose de peu banal au théâtre Le Local où Gabriel Debray aime à réserver de grandes surprises, en contraste avec la modestie de ce lieu du côté de Belleville. On y joue Un amour sans résistance de Gilles Rozier où, selon les soirs, se relaient dans le même rôle, un acteur et une actrice. Xavier Béja et Chantal Pétillot disent exactement le même texte, mais dans une identité sexuelle différente ! Le principe est fidèle au livre de Rozier – qui a connu un grand succès. Dans le roman le personnage principal peut être une femme ou un homme, la relation dont il est question peut être perçue comme hétérosexuelle ou homosexuelle. Transposer ce double volet au théâtre n’est pas chose facile.
Pendant l’occupation, les deux enfants d’une famille n’ont pas la même attitude. La jeune sœur a une liaison brûlante avec un soldat allemand. Le frère, professeur d’allemand, qui peut être non pas un frère mais une sœur, cache dans la cave un jeune juif. Entre eux se développe une attraction de l’esprit et des sens dont on ne sait si elle est une forme de l’espoir ou du désespoir mais qui les mènent à la plus grande intimité et jusqu’à un crime partagé.
Le spectacle, dont le texte est une adaptation du livre fait par l’auteur lui-même (allant jusqu’à une concentration extrême) se joue essentiellement sur un angle resserré, à l’intérieur d’un grand espace où l’acteur peut évoluer, mais l’essentiel est dans la densité de la confidence, dans le secret de l’aveu, sur ce triangle minuscule. Le sens du minimal poussé au maximum, voulu par la belle mise en scène de Gabriel Debray, se retrouve dans l’interprétation de Xavier Béja. En costume beige, l’air tranquille mais faussement pacifié, Béja parcourt un passé à la fois beau et tragique, exaltant et terrible, avec une savante maîtrise de l’aspérité et de la douceur. Cette soirée a une étrangeté historique magnifique. Pour la partition donnée par l’autre interprète, Chantal Pétillot, les trois coups seront donnés dès les prochaines dates de représentation. On s’attend à une incarnation toute différente, dans un même style.

Un amour sans résistance de Gilles Rozier, mise en scène de Gabriel Debray, collaboration artistique et chorégraphie de Claire de Monclin, contribution picturale de Mirella Rosner, lumière de Jzcques Boüault, son de Thomas Bonnel, avec alternance Chantal Pétillot et Xavier Béja. (Texte chez Denoël et Folio).

Le Local 18, rue de l’Orillon 75011 Paris, tél. : 01 46 36 11 89. Du vendredi au lundi, jusqu’au 24 novembre. Jours où le spectacle est joué deux fois, avec les deux interprètes en alternance : les 13 et 21 octobre, le 25 novembre. (Durée : 1 h 15).

Photo Michèle Laurent  : Xavier Béja.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.