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Critiques / Opéra & Classique

The Indian Queen de Henry Purcell

par Jaime Estapà i Argemí

Une oeuvre difficile subliimée par sa mise en scène et ses interprètes

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Le dernier opéra d’Henry Purcell The Indian Queen , contient assurément la meilleure musique du compositeur. L’œuvre est cependant peu représentée à cause notamment de l’immense complexité de sa structure musicale et dramatique. De plus, elle est restée inachevée à la mort du compositeur et, pour la compléter, on y a ajouté des morceaux d’autres œuvres d’Henry Purcell – The Fairy Queen en particulier- ainsi qu’un « mask » écrit pour l’occasion par Daniel Purcell, frère d’Henry.

L’opéra présente une combinaison de formes artistiques telles que la danse et la pantomime, la musique instrumentale et chorale, le théâtre parlé et aussi chanté, qui demandent des qualités certaines aux interprètes sur la scène mais aussi, et surtout, une grande autorité de la part du directeur d’orchestre. La subtilité des thèmes musicaux en particulier rend impossibles les exécutions médiocres.

La production présentée à Madrid inclut, en plus, des textes poétiques et explicatifs –un tantinet verbeux aussi- de la poétesse du Nicaragua, Rosario Aguilar en substitution de ceux de Dryen-Howard figurant dans la version originale.

Une histoire qui flirte avec l’Histoire

The Indian Queen
relate l’histoire émouvante de Teculihuatzin –nous sommes au Mexique au XVI siècle- princesse maya qui par amour (mais aussi par calcul politique) se convertit au catholicisme (elle s’appellera désormais Doña Luisa), et épouse Don Pedro de Alvarado, militaire espagnol gradé, avec l’espoir de s’intégrer à la culture espagnole qu’elle juge supérieure à la sienne. Elle ira même jusqu’à aider les espagnols dans leur travail de conquête du pays. En échange elle pense naïvement que les espagnols adouciront le traitement féroce qu’ils infligent à son peuple. On sait qu’Hernán Cortés, « conquistador » du Mexique s’est fait aider par une jeune esclave d’origine aztèque vendue par les siens à des marchands mayas. Elle s’appelait Malinche, se convertit au catholicisme et prit le nom de Doña Marina. Elle fut une aide précieuse pour Hernán Cortés au moment de négocier avec les aztèques, et avec l’empereur Moctezuma en particulier.

La vie de la princesse amérindienne Pocahontas (1595-1617), héroïne du célèbre film de Walt Disney, présente également des similitudes avec celle de Teculihuatzin-Doña Luisa. L’héroïne de The Indian Queen » se fait baptiser et a une fille –Léonor- de Don Pedro. Ses bonnes dispositions ne suffisent cependant pas à changer l’état d’âme conquérant et sans scrupules de son mari et ses coreligionnaires. Le peuple mexicain souffre sous l’occupation espagnole et Don Pedro s’éloigne progressivement de Doña Luisa. La reine finit par mourir pendant la messe aux côtés de sa fille.

L’originalité de l’histoire de John Dryen, auteur du livret, vient du fait qu’elle est racontée du strict point de vue de la reine. Elle contient donc des croyances mayas, réelles ou imaginées, de l’époque, comme les origines de la terre et l’arbre du monde, ainsi que des rituels variés et très riches comme la résurrection dans l’autre monde, les dialogues avec les dieux, les divinations des sorciers et tant d’autres. Les conventions musicales européennes du XVIIIème siècle enrichissent sans doute l’œuvre mais, par leur lenteur en particulier, sèment aussi quelque trouble dans l’esprit de celui qui écoute.

Des interprètes époustouflants

Le moins que l’on puisse dire est que le casting a été optimal. Du rôle principal au dernier choriste, chaque artiste a investi son personnage avec courage, art et dévotion. Le chœur de Perm tout d’abord, superbement habillé par Dunya Ramicova et préparé par Vitaly Polonsky, a assuré la présence quasi permanente des mexicains sur la scène ; très tranquille dans la plupart de ses interventions, il a représenté de façon physique, palpable, la soumission du peuple devant la supériorité de moyens de destruction, et la férocité aussi de l’envahisseur. Les solistes, jeunes et moins jeunes, formés aux USA pour la plupart, se sont fondus dans leurs personnages à tel point qu’ils ont réussi à rendre réel le côté féérique, omniprésent, du conte. Julia Bullock – Teculihuatzin la reine indienne- et Noah Stewart –Don Pedro de Alvarado- ont rendu vraisemblable et pathétique la relation complexe et changeante entre la prisonnière et le geôlier. Chaque intervention du coréen Vince Yi –Hunahpú-, haute-contre puissant et juste, a fait sensation et on pourrait poursuivre ainsi la liste des éloges en citant la force de Markus Brutscher –Don Pedrarias Dávila-, la douceur et l’humanité de Nadine Koutcher –Doña Isabel son épouse-, sans oublier le rôle parlé de Leonor, la fille du couple protagoniste, récité par la portoricaine Maritxell Carrero. Quatre danseurs assuraient les parties dansées ; Christophe Williams, le chorégraphe, a récupéré certaines formes du ballet baroque traditionnel qu’il a mélangées aux gestes typiquement contemporains pour un résultat surprenant d’imagination et de rigueur.

Une mise en scène travaillée

Peter Sellars s’est totalement investi dans cette mise en scène. Il est intervenu dans le corpus de l’œuvre en y ajoutant les textes de Rosario Aguilar –récités en anglais-, mais aussi quelques chansons du compositeur. Le metteur en scène a travaillé le côté dramatique de façon simple en faisant confiance –et en cela il a eu raison- aux capacités artistiques de ses acteurs. Le décor inspiré de Gronk, peintre et dessinateur très célèbre aux Etats Unis, nous a transportés dans un monde onirique propice au déroulement de l’action.

L’orchestre de Perm et son directeur Teodor Currentzis ont été le support constant sans lequel rien n’aurait été possible. Le Real a vécu un grand moment lyrique.

The Indian Queen semi-opéra de Henry Purcell. Nouvelle version de Peter Sellars. Chœur et Orchestre de Perm. Direction musicale Teodor Currentzis. Mise en scène Peter Sellars, décors Gronk, costumes Dunya Ramicova, Lumières James F. Ingalls. Avec Vince Yi, Julia Bullock, Nadine Koutcher, Markus Brutscher, Noah Stewart, Christophe Dumaux, Luthando Qave, Maritxell Carrero...

Coproduction du Teatro Real, Opera de Perm et English National Opera de Londres.

Teatro Real de Madrid les 5, 7, 9, 10, 13, 15, 17, et 19 novembre 2013.

www.teatro-real.com

00 34 902 24 48 48 (renseignements) - 00 34 902 24 48 48 (location)

Photos : Javier del Real

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