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Critiques / Opéra & Classique

Tante Caroline à l’Athénée

par Christian Wasselin

Albert Roussel est l’auteur d’un opéra ambitieux, exotique et rare : Padmâvati. Mais c’est son bref et léger Testament de la tante Caroline qui est à l’affiche de l’Athénée.

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IL NE FAUT JAMAIS LIRE LES NOTES D’INTENTION des metteurs en scène. En parcourant celles de Pascal Neyron, à propos du Testament de la tante Caroline représentée à l’Athénée, on apprend que « cet opéra est fascinant par la modernité de son propos ». Diable ! Et que « notre premier travail sera de lui donner tout ce relief, en respectant son contexte d’origine mais en lui permettant de résonner ici et maintenant ». Oh, oh ! Il faut toujours lire en revanche les programmes de salle : il nous est dit, dans celui du même Testament, que l’opérette de Roussel fut créée, en tchèque et en 1936, à Olomouc (en allemand : Olmütz), splendide petite cité de Moravie située entre Ostrava et Brno, où Gustav Mahler fut brièvement chef d’orchestre, de janvier à mars 1883.

Eh oui, cette opérette à la fois charmante et caustique fut entendue pour la première fois au pays de Janacek (deux ans avant les accords de Munich qui démembrèrent une première fois la Tchécoslovaquie). La première française eut lieu à l’Opéra Comique, l’année suivante, six mois avant la mort du compositeur, sous la direction de Roger Désormière, avec notamment Fanély Revoil dans le rôle de Lucine, et dans une mise en scène de George Pitoëff.

L’intrigue est on ne peut plus simple et rappelle les éternelles disputes plus ou moins hypocrites qui éclatent dès que survient un décès, c’est-à-dire une promesse d’héritage. Les différentes versions de la pièce Volpone (signées Ben Johnson, Stefan Zweig et Jules Romains), et le film de Maurice Tourneur qui en est inspiré, sans oublier l’irrésistible Gianni Schicchi de Puccini ou encore la délicieuse chanson Frantz de Guy Béart (interprétée avec Marie Laforet), ont abordé le sujet avec bonheur. Ici, les deux nièces de la défunte Caroline (« elle a vécu dans la galanterie ») et leurs maris essayent de se servir de la bonne foi de la femme de chambre Lucine et du chauffeur Noël pour obtenir l’héritage ; mais c’est une troisième nièce, pieuse et célibataire, qui connut autrefois un moment d’égarement, qui remportera la mise.

Grotesque sans folie

Roussel décrivait son Testament comme « une sorte d’opéra bouffe dont les personnages sont complètement grotesques et devraient être joués sans crainte d’exagérer leurs effets ». Il s’agit plutôt d’un opéra-comique, ou d’une opérette (si l’on part du principe que l’opérette, comme l’opéra-comique, mais sur le mode plus frivole, fait alterner le chant et le dialogue), dans laquelle la musique se fait attendre et, une fois qu’elle est lancée, n’arrive jamais à trouver ce parfum de folie qu’on attendrait en pareille circonstance. Les airs sont peu nombreux (Lucine en a deux mais celui de Béatrice, la troisième nièce, est le plus réussi), la priorité est donnée aux ensembles, mais ceux-ci tournent court, le plus souvent, et nous laissent sur notre faim. Et les allusions à Pelléas et Mélisande, aux Noces de Figaro ou à Werther restent des clins d’œil.

Au Théâtre de l’Athénée, l’Orchestre des Frivolités parisiennes, sous la direction de Dylan Corlay, donne toute l’animation possible à la partition, mais ne peut pas faire de miracle. Peut-être le livre de Nino (alias Michel Veber), finalement assez sage, est-il la cause de ce traitement en demi-teinte : le discours du chef d’orchestre déguisé en prêtre, qui fait se lever le public comme s’il assistait à un enterrement, au début du spectacle, tombe lui-même assez à plat. Sur scène, tout le monde s’amuse et la mise en scène de Pascal Neyron est pleine d’animation et de trouvailles plus ou moins subtiles, qui ne craignent pas de suivre le précepte de Roussel. Les personnages sont donc grotesques, certains un peu trop (Jobard, alias Aurélien Gasse), d’autres un peu trop peu (Charles Mesrine, qui joue Ferdinand), Till Fechner (Maître Corbeau, le notaire) sachant mieux trouver le ton juste. Les personnages féminins s’en sortent mieux, à commencer par Marie Lenormand (Béatrice), qui aborde comme dans un rêve son air de la fin, celui qui révélera qui doit être l’héritier, même si l’on peut attribuer une mention à Marie Perbost (Lucine) et surtout à Marion Gomar, dont la Christine fofolle nous vaut les moments les plus drôles.

Illustration : le notaire et les héritiers à la clinique (photo Pierre Michel)

Roussel : Le Testament de la tante Caroline. Avec Marie Perbost, Fabien Hyon, Marion Gomar, Till Fechner, Charles Mesrine, Marie Lenormand, Romain Dayez, Lucile Komitès, Aurélien Gasse. Mise en scène de Pascal Neyron ; les Frivolités parisennes, dir. Dylan Corlay. Théâtre de l’Athénée, 7 juin 2019.
Prochaines représentations : le 11 juin à 19h, les 12 et 13 juin à 20h.

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