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Critiques / Opéra & Classique

Tannhäuser de Richard Wagner

par Jaime Estapà i Argemí

Beaucoup de talent pour un total contresens

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Après Tokyo et Paris c’est au tour de Barcelone d’accueillir ce Tannhäuser dans les murs de son Gran Teatre del Liceu. A l’Opéra National de Paris, les premières représentations de cette nouvelle réalisation du canadien Robert Carsen avaient été amputées de décors et de mise en scène pour cause de - longue - grève d’une partie du personnel technique, si bien que les compte-rendus se limitèrent à louer l’excellence des voix et de la direction de Seiji Ozawa (voir webthea du 10 décembre 2007).

On a donc pu en juger sur pièce en Espagne. Carsen manifestement a voulu faire du neuf. Il est toujours sympathique que des esprits éclairés aident à comprendre les allusions codifiées des chefs d’œuvre du passé. Cela ouvre les cerveaux à la réflexion et, en même temps, sauve de l’oubli certaines des grandes œuvres que le temps a rendu opaques, si tant est qu’elles ne le fussent pas déjà à leur époque de gloire.

Des tours de passe-passe que le grand Houdini aurait applaudis

Est-ce pour cela qu’il faudrait remercier Robert Carsen d’avoir mis à notre portée les arcanes de l’impénétrable Tannhäuser grâce à un procédé, astucieux et des tours de passe-passe que le grand Houdini aurait sûrement applaudis ? Partant du principe qu’un tableau est davantage visible qu’un poème, il transforme le poète Tannhäuser en peintre ; et puisque la peinture d’avant-garde ne s’explique pas d’elle-même, il l’explique avec les mots du poète devenu peintre. Pour rendre ce galimatias naissant encore plus compréhensible, il transporte le tout à l’époque actuelle et imagine que la Vénus du conte initial n’est que le modèle du peintre et que la pure Elisabeth - ici la nièce du patron d’une galerie d’art-, n’a qu’une idée en tête : devenir à son tour la séductrice charnelle de l’artiste maudit, à l’instar du modèle.

Après avoir secoué situations et personnages dans tous les sens on obtient donc, un peintre qui parle comme un poète, et qui étant devenu riche, célèbre et bigame – il garde pour lui et le modèle et la nièce du patron -, peut se moquer totalement des excommunications vaticanes... Et tant pis pour la compréhension de l’œuvre par des nouveaux publics sensés la découvrir !

Un angle d’attaque malhonnête

Non seulement la mise en scène de Carsen contredit sans arrêt le texte de Richard Wagner : « Elle est en train de prier » dit von Eschenbach en regardant Elisabeth se masturber couchée sur le matelas vide de Tannhäuser (seul un Calixto Bieito aurait eu le courage de montrer explicitement cette action que Robert Carsen ne fait que suggérer), mais il fait fi de la sémantique des instruments dans cette espèce d’atelier d’un Montmartre allemand, où résonnent des cors anglais et où se déploye une brillante marche pour accompagner l’arrivée à un vernissage d’une bande d’invités, avides de champagne et de petits fours ! On dira au passage que celle-ci n’est qu’une convention forgée au fil du temps, mais vouloir changer une tradition sans autre but que celui de vouloir imposer sa propre vision, relève à la fois d’égoïsme et de naïveté.

L’angle d’attaque de cette mise en scène est donc malhonnête, même si le travail du régisseur canadien est méticuleux et très bien fait, comme à son habitude. Quel dommage qu’il n’ait pas mis son talent au service d’une vision de l’histoire en accord avec les textes, les personnages, les situations et, en somme, de la finalité d’origine de la pièce : le désespoir de l’artiste d’avant-garde. On dira à juste titre, que cela est très difficile à faire si l’on veut sortir du moyen âge en carton-pâte que Richard Wagner nous a légué. Dans ce cas il aurait mieux valu s’abstenir. Comme l’a dit un grand metteur en scène, directeur d’un théâtre lyrique « La seule façon de nous rapprocher d’une œuvre du passé est de comprendre la distance qui nous sépare d’elle ».

Choeurs et solistes remarquables du début à la fin

Dans la fosse du Liceu, Sebastian Weigle a freiné un peut trop l’orchestre et les violons ont émis une sonorité assez dure pendant le premier acte. Les choses se sont améliorées pendant les deux actes suivants avec des rechutes sporadiques sur les mêmes écueils. Les chœurs ont été remarquables du début à la fin et les solistes aussi. On a apprécié les belles performances, tout en puissance et finesse de Peter Steiffer dans le rôle titre, et de Petra Maria Schnitzer dans le rôle d’Elisabeth. La sensualité de Béatrice Uria-Monzon a apporté un point très positif au personnage de Vénus, même si la cantatrice se trouvait souvent à la limite de ses possibilités. Bo Skovhus –von Eschenbach- et Günter Groissböck –Hermann- ont été irréprochables vocalement et dramatiquement.

Tannhäuser « Grosse romantische Oper » en trois actes, livret du compositeur. Production Gran Teatre del Liceu, Opéra national de Paris et Tokio Opera Nomori. Mise en scène de Robert Carsen. Décors de Paul Steinberg. Direction musicale de Sebastian Weigle. Chanteurs : Peter Seiffert, Petra Maria Schnitzer, Béatrice Uria Monzon, Bo Skovhus, Günter Groissböck, Vicente Ombuena, Lauri Vasar, Johan Tilli, Francisco Vas, Eliana Bayón et autres. Gran Teatre del Liceu les 19, 25, 27, 29, 31 mars et les 3, 6, 8, 10, 12, 14, 18, 22 avril 2008.

® Copyright Antonio Bofill

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