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Critiques / Opéra & Classique

Siegfried de Richard Wagner

par Jaime Estapà i Argemí

L’opéra où les licéistes vont à reculons.

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Les licéistes, fidèles spectateurs du Liceu de Barcelone, wagnériens pour la plupart, se méfient cependant du Siegfried qu’ils trouvent long, insipide, ennuyeux. Alors, sous prétexte que la représentation commence trop tôt (19h00) pour les commerçants de la ville, ou finit trop tard (24h00), ou que le Barça joue un match décisif, ou encore pour tout autre raison, beaucoup désertent volontiers la rocambolesque histoire du héros wagnérien. C’est ainsi que ce 11 mars, jour de la première, on a pu compter nombre de fauteuils désespérément vides à l’orchestre.

Avant le levé de rideau, Mme. Christina Scheppelmann, nouvelle directrice artistique , est venue annoncer, dans un espagnol très correct, que Lance Ryan, grippé, serait remplacé par le ténor prévu pour la deuxième distribution, Stefan Vinke, dans le rôle-titre. La salle a applaudi mollement pour remercier l’effort de l’artiste, certains –peu nombreux- probablement parce qu’ils auraient préféré entendre le ténor prévu, d’autres –plus nombreux sans doute- parce qu’en cas d’annulation, ils se voyaient déjà à la maison évitant ainsi une longue nuit d’opéra –cinq heures, entractes compris- à suivre les tribulations de l’enfant de la forêt.

Un décor sans verdure. Une mise en scène qui prend des libertés.

Or, Robert Carsen, suivant ses propres options pour les deux premiers opéras de la tétralogie (voir webthea des 09/05/2013 et 04/06/2014), a demandé à son décorateur – Patrick Kinmonth - d’éliminer le plus possible la forêt et la nature en général, de ses décors : Pendant vingt ans Mime a donc élevé Siegfried dans un camping-car délabré parqué dans un paysage lunaire rempli d’immondices ; Fafner le dragon, a dormi au milieu d’arbres cassés net tels les colonnes de Buren tandis que Wotan le Wanderer est resté confortablement assis dans un fauteuil de sa résidence du Walhalla -pas du tout debout au pied de la montagne- à regarder un tableau représentant la vierge guerrière endormie sur un piton entouré de feu, comme Senta devant le portrait du hollandais volant . Brunhilde finalement a dormi par terre, dans un espace nu, entourée de flammes de 30 centimètres de hauteur que Siegfried enjambe sans aucun problème.

Par ailleurs le metteur en scène canadien s’est aussi permis quelques libertés comme par exemple l’adroite suppression de l’irreprésentable scénette de l’ours lors de la première entrée de Siegfried, et, puisque tous les chemins mènent à Rome, la route empruntée par Siegfried suivant le chant de l’oiseau pour aller réveiller Brunehilde, passe ici par le salon de Wotan dans le Walhalla. Erda devient simple femme de ménage du palais ce qui transforme le dieu en banal coureur de jupons domestiques et justifie les fureurs de Fricka son épouse.

La cabale contre Josep Pons

L’orchestre du Liceu connaît bien Richard Wagner. C’est bien au Liceu qu’on a joué Parsifal pour la première fois légalement en dehors de Bayreuth –d’autres théâtres l’avaient déjà joué illégalement en Amérique en particulier- et le compositeur a toujours figuré à l’affiche du théâtre avec des chefs très différents, les musiciens se transmettant le savoir-faire de génération en génération. Il est vrai aussi que pendant les années cinquante et soixante les métaux laissaient à désirer et que, timidement, le public et même la presse le faisaient savoir, mais en aucun cas, à aucun moment, on avait assisté à la bronca qui s’est déclenchée au cinquième étage à partir du moment où Josep Pons a pris place dans le podium pour attaquer le deuxième acte. Rien ne la justifiait au vu de la performance de l’orchestre au premier acte. Le temps dira peut-être la raison de l’attitude des locataires du dernier étage, car s’ils ont été très bruyants, ils n’ont pas fourni l’explication de leur attitude .

Une belle distribution

Stefan Vinke donc, en remplacement impromptu de Lance Ryan, s’est très bien tiré d’affaire. Généreux, malgré la fatigue cumulée par les répétitions, il a assuré une prestation virile, bien centrée sur le personnage, tantôt comique avec Mime, tantôt grave avec le Wanderer, sûr de lui face au dragon, troublé face à la walkyrie, sans faille vocale et avec une présence physique indéniable. Le reste de la distribution, du Mime de Peter Bronder -aux intentions plus que douteuses- à l’oiseau de la forêt, suave et parfaitement intelligible, interprété par Cristina Toledo, ils se sont tous donnés à fond pour que la soirée réussisse malgré le sabotage préparé dans les hauteurs de la salle. Ainsi Albert Dohmen a joué un Wotan protecteur de sa fille, élégant et fier devant le Nibelung tout comme face à Siegfried, Jochen Smeckenbecher a été dans sa courte intervention un Alberich modèle, tant du point de vue vocal que dramatique ; la parfaite diction d’Ewa Podleś, sa maîtrise du registre grave ont donné une vision réfléchie et consistante du personnage d’Erda.

Siegfried. Drame musical en trois actes, deuxième journée du Ring der Nibelungen. Livret et musique de Richard Wagner. Mise en scène de Robert Carsen. Direction musicale de Josep Pons. Avec : (les 11, 15, 19, 20 et 23 mars 2015) Lance Ryan, Peter Bronder, Albert Dohnen, Jocken Schmeckenbecher, Andreas Hörl, Ewa Podleś, Iréne Theorin, Cristina Toledo.

Gran Teatre del Liceu les 11, 13, 15, 17, 19, 21 et 23 mars 2015. Production Bühnen der Stadt Köln.

Tél. +34 93 485 99 29
http://www.liceubarcelona.com

Photos Bofill

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