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Critiques / Musical

Relire Aragon par Florent Marchet et Patrick Mille

par Gilles Costaz

Un autre souffle

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Chanter et dire Aragon sur un autre souffle, c’est ce qu’entreprennent Florent Marchet et Patrick Mille, sans rejet de ce que faisaient autrefois Léo Ferré et quelques autres. Ils saluent au contraire Ferré en conservant les mises en musique de Est-ce ainsi que les home vivent ?, L’Affiche rouge et Il n’aurait fallu qu’un instant de plus… Mais la très grande majorité des textes est mis en musique ou orchestré de façon neuve. L’on n’est plus dans le piano solo ou la partition symphonique. Le rock, Souchon, Bashung, la multiplicité des sources sonores sont passés par là. Mille et Marchet nous proposent une toute interprétation, de tout autres voix, un tout autre son.
Le corpus de textes a été puisé dans les œuvres complètes. Il ne focalise plus sur les messages d’amour à Elsa et les chants liés au temps de la Résistance (qui restent bouleversants ; ah ! L’Affiche rouge et son salut à ceux qui vont mourir mettent toujours le cœur à rude épreuve…). S’entrecroisent les défis surréalistes, les insultes au pouvoir militaire, la fidélité au Parti communiste, les cris contre les nazis, les souffrances intimes qui s’additionnent aux fureurs nées des folies du monde… Aragon presque entier, dans une anthologie qui cible jute. L’insaisissable Aragon si bien saisi !
Côté cour, Patrick Mille, couleur de nuit, alterne la profération et le chant. Il se révèle un acteur d’une grande puissance dramatique. La voix est forte, des gestes sobres mais d’une force intense sont assumés, sans égard pour la mode théâtrale d’une immobilité abstraite. Côté jardin, Florent Marchet, en chemise claire, semble ne jouer que le second rôle, tant Mille est le porteur de feu. Mais Marchet est l’auteur des compositions, très rythmiques ; au piano, au synthétiseur, à la guitare électrique, il distille un flot de mélodies et de sonorités, une pulsion musicale magnifiques. Et il se met souvent à chanter, le plus souvent en duo avec son alter ego en aragonie. Sa voix est haute, légère, tendre, tandis que le timbre de Mille est grave, profond. L’accord entre ces deux artistes, qui fonctionne comme l’harmonie des mots d’Aragon, est virtuose mais aussi plein d’une amitié, qu’on sent habiter la scène claire obscure.
En son temps, Léo Ferré a beaucoup applaudi le développement du rock mais disait que, dans les interprétations de nombreux chanteurs, on n’entendait plus le texte. Avec Marchet et Mille, aucune syllabe ne se perd, à l’intérieur d’un spectacle qui devrait faire date. Oui, un autre souffle…

Reiire Aragon, un concert de et par Florent Marchet et Patrick Mille. Musique de Florent Marchet. Son de Guillaume Duguet, lumières d’Emmanuelle Phelippeau-Viallard. (Le spectacle a d’abord été créé à la Maison de la poésie).

Gaîté-Montparnasse, 20h dimanche et lundi, tél. : 01 43 20 60 56. Jusqu’au 4 novembre. (Durée : 1 h 20).

Photo Guy Fasolato.

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