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Critiques / Opéra & Classique

Pikovaya Dama - La Dame de Pique de Piotr I.Tchaikowski

par Jaime Estapà i Argemí

Une histoire à faire peur par une nuit d’épouvante

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“Donnez-moi les trois cartes gagnantes !” exige de la vieille comtesse Hermann l’officier. Surprise par l’intrusion du jeune homme dans l’intimité de sa chambre à coucher, suffoquée par la violence de sa demande, la vieille dame trépasse sans dire un seul mot. Emporté alors par la folie de son amour pour Lisa – la petite fille de la vieille dame - mais aussi par l’envie d’améliorer sa condition sociale, Hermann, dans son délire, fait revivre la comtesse qui lui confie alors en rêve les trois tirages gagnants qu’elle tenait de l’alchimiste, le compte de Saint-Germain au prix d’une nuit d’amour : le trois, le sept et l’as.

Prise entre deux feux – son amour pour Hermann et la répugnance de l’amour de celui-ci pour l’argent - Lisa se suicide. A la table de jeu Hermann réussit les deux premiers coups (une chance sur 2652 tout de même !) mais il échoue sur le troisième : à la place de l’as annoncé c’est la vieille dame qui apparaît sur le tapis déguisée en dame de pic ; ultime pied de nez de la comtesse au jeune audacieux désargenté, qui avait osé lui extorquer son secret pour s’enrichir et épouser Lisa, une femme qui n’était pas de sa condition.

Une mise en scène qui a fait son temps et un orchestre chaotique

Le Liceu a remis en piste pour la troisième fois la mise en scène que Gilbert Deflo avait réalisée pour Plácido Domingo il y a plus ou moins vingt ans. Succession de “chromos” – signés William Orlandi - où les tons pastel des costumes des citoyennes – habillées en style « Empire » à Saint-Pétersbourg bien avant 1804 !- dans les parcs publiques et les fêtes mondaines, contrastent avec les blancs et les noirs du somptueux palais –quels lits à baldaquin !- de la sombre comtesse.

Au manque d’imagination de l’ancienne mise en scène vint s’ajouter ce 1er juillet l’imprécision de l’orchestre. Michael Boder n’a pas réussi à faire jouer ensemble les métaux et les cordes, alors que la percussion est restée fâchée avec les uns et les autres. Les chœurs, dès le début de la soirée, ont souffert de cette situation et, contrairement à leurs habitudes, ont manqué de justesse et, surtout, d’unité.

Des voix bien présentes

Par chance les voix ont enchanté. Pas toutes, ni tout au long de l’histoire. Certainement Misha Didyk a été un Hermann convainquant par son émission abrupte, son timbre acide, son étonnante agressivité plébéienne. Il a fait irruption, violent et déterminé dans la chambre à coucher de Lisa (où il a réussi à la séduire) et aussi dans celle de la comtesse (où il n’est pas arrivé à avoir le secret des trois cartes). Plus tard, pendant la scène du jeu, il a mérité l’admiration de ses collègues par la hardiesse de ses paris, qui s’est transformée en vision d’horreur lors de son suicide en publique après l’apparition sur le tapis de la dame de pic.

Ludovic Tézier a été le parfait contrepoids à la fougue d’Hermann ; sa voix ample, son émission claire et posée, élégante, aristocratique, masculine, a réussi une parfaite caractérisation du personnage du prince Ieletski, persévérant sans être sournois, puissant mais respectueux de la volonté de Lisa, sa fiancée bien aimée. Lado Atanelli –Tomski- courageux, a manqué de justesse et, in fine, n’a pas réussi à nous intéresser à l’extravagante histoire de la jeunesse de la comtesse, et à ses rapports avec le comte Saint Germain, origine de la légende des trois cartes gagnantes. Le baryton a été injustement applaudi.

La lecture de Michael Boder, techniquement déficiente, violente et exempte de tout esprit mélancolique n’a permis à Emily Magee d’exprimer ni les états d’âme de Lisa, ni ses propres capacités artistiques. Si le vibrato incontrôlé d’Elena Zaremba –Polina- a fait trembler les solides fondations du Liceu, Ewa Podlès en a fait des tonnes en marchant difficilement pour mettre en évidence l’âge avancé de la comtesse ; du reste elle n’a pas non plus réussi pas à nous transporter dans le monde policé de sa jeunesse.

Pikovaya Dama-La dame de pique, opéra en trois actes de P. I. Tchaikowski Mise en scène de Gilbert Deflo. Décors de Wiliam Orlandi. Direction musicale de Michael Boder. Avec Misha Didyk, Emily Magee, Lado Ataneli, Ludovic Tézier, Elena Zaremba, Ewa Podleś, Mihail Vekua, Francisco Vas, Alberto Feria et autres.

Gran Teatre del Liceu les 19, 22, 25, 28 juin et 1, 4 juillet 2010.

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