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Critiques / Théâtre / Musical

Moby Dick, Le Chant du monstre de Jonhatan Kerr

par Gilles Costaz

La nuit du chasseur

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Couronné d’un Molière pour Camille C, Jonhatan Kerr milite pour le renouveau du théâtre chanté. En compagnie de Jean-Luc Annaix, il a publié l’an dernier un Manifeste pour un théâtre musical populaire et, joignant le spectacle à la parole, il crée sa nouvelle pièce musicale en la jouant lui-même : Moby Dick. Ce n’est pas une adaptation du roman de Melville, mais une variation, une réappropriation, une réinvention, une écriture personnelle dans le sillage d’un mythe. Sur une aire de planches surmontée d’une galerie où jouent trois musiciennes, et qui est aussi une seconde aire de jeu, le capitaine Achab chante ses plaintes et ses combats. Est-il sur un bateau secoué par les vagues, ou ailleurs, dans une folie loin de la réalité, dans une lutte imaginaire et fantastique ? Bien des interprétations sont possibles, de même que l’on peut s’interroger sur la présence d’un marin, partenaire obéissant de chaque aventure. Et cette Andalouse dont il rêve et qu’il veut étreindre, est-elle réelle ou fictive ? Cette femme n’est pas dans le roman. Elle est une totale, et forte, invention de Jonahan Kerr qui ajoute la quête de la femme à celle du monstre marin.
Ce que Kerr a écrit et composé, c’est un peu, pour Moby Dick, ce qu’est L’Homme de la Mancha à Don Quichotte : une projection d’une fiction ancienne dans une sensibilité moderne, et la transformation d’un roman dans une série de grands récitatifs où l’anecdote disparaît au profit d’un cri essentiel. Jonathan Kerr porte ce Moby Dick taillé à sa dimension (qui est grande !) avec une forte autorité opératique. Des acteurs-auteurs-compositeurs de cet acabit, on n’en connaît pas beaucoup : Kerr est un athlète de la scène que son écriture et sa musique poussent au plus intense de son jeu. Amala Landré incarne l’Andalouse avec, elle aussi, une pluralité de moyens : la grâce, l’acrobatie, le phrasé. Laurent Malot joue une sorte de Sganarelle troublé par son rôle de second couteau, et il est très bien. Le metteur en scène Erwan Douaphars a habilement réglé l’imbrication d’un combat solitaire dans une explosion de l’action collective et musicale. Ce Moby Dick, qui se déroule comme une suite d’éclairs trouant la nuit mentale d’un chasseur, a la belle pulsion des meilleurs spectacles musicaux et la puissance grave d’un oratorio.

Moby Dick, Le Chant du monstre de Jonhatan Kerr, librement inspiré du roman de Hermann Melville, mise en scène d’Erwann Douaphars, avec, comme acteurs, Jonhatan Kerr, Amala Landré, Laurent Malot, et, comme musiciens, Marianne Le Mentec, Laurence Bancaud (harpe, en alternance), Johanne Mathaly (violoncelle) et Crystel Galli (accordéon).

Vingtième Théâtre -
Téléphone : 01 43 66 01 13.
A 19h30, jusqu’au 24 avril. (Durée : 1h20).

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