Accueil > Maux d’amour de Dan Gordon

Critiques / Théâtre

Maux d’amour de Dan Gordon

par Gilles Costaz

Dire ce qu’on ne savait pas dire...

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Oubliez le film avec Shirley MacLaine et Jack Nicholson, surtout si vous ne le connaissez pas ! Maux d’amour est à présent un objet théâtral, à considérer dans l’incarnation de ses actrices et acteurs, qui est ici d’une grande vie sensible. Une femme plutôt riche (elle a même un Renoir dans son salon) aimerait bien s’entendre avec sa fille, mais leurs caractères sont si différents ! Chacune prend mal ce que l’autre dit et chacune mène sa vie en parallèle. Quand la fille se marie et a un enfant, rien ne s’arrange vraiment. Suivant son mari, la fille part dans une ville éloignée. La mère, pas mal égocentrique, se laisse séduire par son voisin, cosmonaute à la retraite, sauf pour bondir sur les jolies femmes. Elle n’en téléphone pas moins régulièrement à sa fille, qui a eu un enfant mais est tombée malade. Le mal dont la jeune femme est atteinte est grave. L’une et l’autre, à distance, vont peut-être se dire peu à peu ce qu’elles ne se sont jamais dit, les mots restés au fond de la gorge et du coeur qu’elles ont oublié de se dire…
Dans l’adaptation de Pierre Laville et la mise en scène de Johanna Boyé, il reste comme un parfum de cinéma : on passe vite d’une scène à l’autre, le dialogue ne s’appesantit pas, bien que l’action soit échelonnée sur vingt ans. En enrobant la soirée de pulsions de jazz et de blues, Johanna Bouyé accompagne l’émotion inscrite dans le texte mais, surtout, la fait sinuer secrètement et confie un jeu de cloche-pied entre le rire et les larmes aux interprètes qui atteignent leur intensité très vite, car les scènes sont courtes. Corinne Touzet joue là l’un de ses rôles les plus profonds, où on l’apprécie peut-être comme jamais ; d’abord dans un jeu d’abord comique et direct, elle entre peu à peu dans des zones douloureuses où les paroles et les silences ont le même pouvoir. Dans le personnage de sa fille, Salomé Villiers est d’une mobilité constante, d’une vibration à fleur d’âme et d’une palette de sentiments très riche. En cosmonaute revenu de la lune, Yannis Baraban introduit une fantaisie bienvenue et follement amusante. Gregory Benchenafi.donne une belle force compacte au personnage du mari volage. Marine Duséhu assure de petits rôles et des silhouettes avec virtuosité. Efficacité dramatique à l’américaine, certes, mais à laquelle on ne résiste pas.

Maux d’amour de Dan Gordon, d’après Tendres passions, roman de Larry McMurtry et scénario de James L. Brooks, version scénique de Pierre Laville, mise en scène de Johanna Boyé, scénographe d’Olivier Prost, lumières de Cyril Manetta, son de Mehdi Bourayou, costumes de Marion Rebman, avec Corinne Touzet, Yannis Baraban, Salomé Villiers, Gregory Benchenafi, Marine Duséhu.

Festival d’Avignon Off : La Luna, 18 h, tél. : 04 90 86 96 28, jusqu’au 28 juillet. Texte à L’Avant-Scène Théâtre. (Durée : 1 h 35).

Photo DR.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.