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Critiques / Danse

Mats Ek revient à la création

par Yves Bourgade

Pour l’Opéra de Paris

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En 2016, le chorégraphe suédois Mats Ek avait fait ses adieux à la scène. La directrice de la danse de l’Opéra de Paris, l’étoile Aurélie Dupont l’a convaincu d’y revenir pour sa troupe avec deux créations à Paris (Boléro et Another Place) et une reprise (Carmen de 1992) qui entre au répertoire. Ce programme est à l’affiche au Palais Garnier du 25 juin au 14 juillet 2019.
On ne peut que s’en féliciter, car Mats Ek (né en 1945) est reconnu comme un créateur majeur du XXème siècle, avec un vocabulaire unique (des larges pliés, des bras anguleux, des pieds arc-boutés, le torse souvent sollicité, le corps déséquilibré), inspiré par le théâtre dansé.
Depuis 1993, le Ballet de l’Opéra s’est familiarisé avec le langage et l’univers du chorégraphe suédois entre rêve et réalité. Il propose cette fois au public français une création libre autour d’une pièce connue autant par sa musique au long crescendo signée Ravel que par sa version dansée (Boléro), une héroïne littéraire au destin tragique (Carmen) et un pas de deux posant le problème du couple (Another Place) sur la Sonate pour piano en si mineur de Liszt.
D’entrée, on peut affirmer, sans que l’interprétation par les danseurs de l’Opéra de Paris soit en cause, que le Boléro de Mats Ek ne détrônera pas celui de Maurice Béjart. On comprend rapidement que le chorégraphe suédois rejette tout folklorisme, mais son souhait de rituel n’est pas vraiment convainquant, sauf peut-être lorsque la danse est « terrienne, voire sonore ». L’apparition répétitive de Niklas Ek (le frère ainé de Mats Ek et ancien danseur), vêtu et chapeauté de blanc et qui remplit d’eau une baignoire avec un seau, apparaît non seulement incongrue, mais surtout incompréhensible au milieu des danseurs et danseuses tout en noir dans des ensembles identiques et pieds nus.


Dans le projet de Mats Ek, cette baignoire est l’introduction du prosaïque et du trivial dans sa danse, de même que l’on trouve dans Carmen un ballon d’exercice et dans Another Place une table que les deux solistes utilisent diversement. Pour les premières représentations d‘« Another Place », Aurélie Dupont est remontée en scène avec pour partenaire Stéphane Bullion pour nous rendre perceptible avec une certaine malice l’usure du couple confronté au quotidien.
La Carmen de Mats Ek , sur une partition de Rodion Chtchedrine d’après l’opéra de Bizet, s’inscrit dans le prolongement de la relecture d’œuvres classiques, comme sa Giselle dès 1982. Son personnage de Carmen assumée avec fougue par l’étoile Amandine Albisson, est vu à travers le regard de Don José qui fantasme face à cette femme. Il est sans exotisme (bien que sa robe soit rouge et d’un style espagnol), mais crâne devant les hommes avec un cigare phallique aux lèvres. Il est même provocateur face à un Don José trop soucieux de respectabilité. Les interprètes masculins brisent aussi un tabou en danse, ils utilisent parfois leurs voix pour s’exprimer. Le théâtre a été la première formation de Mats Ek… Ne l’oublions pas.

Photos "Bolero" et "Carmen" crédit Ann Ray OnP

Programme Mats Ek au Palais Garnier, durée deux heures ,27 et 28 juin , 2, 3, 5,8,9, 11 et 12 juillet 2019 à 19h30, 30 juin, 6, 14 juillet 2019 à 14h30 et 6 juillet 2019 à 20h. Places de 10 à 110 €.

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