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Critiques /

Les Récits de Monsieur Kafka

par Gilles Costaz

L’employé de la compagnie d’assurances

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Une scène le plus souvent coupée en deux. Un côté qui respire le bureau ciré et sinistre, un autre tout à fait nu qu’on peut imaginer comme une rue, une place, un salon, selon ce que viennent y dire les interprètes. La pièce saute d’un lieu à l’autre comme l’adaptation des textes de Kafka qu’a faite Sylvie Blotnikas. L’actrice et co-metteur en scène (avec Julien Rochefort) fait alterner les courtes fictions de Kafka et les lettres que l’écrivain écrivit à sa hiérarchie quand il était employé dans une compagnie d’assurances et qu’il dut aller soigner sa maladie des poumons (dont il allait mourir à l’âge de 41 ans). Du coup, en se succédant, les textes se contaminent et les lettres, prosaïques et polies, deviennent kafkaïenne.
Abandonnant pour un temps leur registre sentimental (où ils furent si remarquables), Julien Rochefort et Sylvie Blotnikas créent là un théâtre de chambre littéraire et fantastique, à base d’histoires suspendues et de détails incongrus. L’air à la fois égaré et concentré (ce qui n’est pas banal, ce qui relève même de l’exploit), Julien Rochefort incarne à la fois des passants éphémères et le directeur de la compagnie d’assurances. Il intériorise toujours sa voix et atteint à un magnifique degré de complexité rêveuse. Sylvie Blotnikas joue la quotidienneté, la présence terrienne et fonctionnelle sur terre mais en faisant passer dans l’atmosphère toutes sortes d’émotions souterraines. Ainsi s’oppose-t-elle parfaitement à son partenaire pour, au bout du compte, le rejoindre dans une parfaite harmonie.
Ce très délicat spectacle pose l’éternelle question sur Kafka. Faut-il rire sans détour, comme il le souhaitait lui-même ? Ou faut-il apprécier dans un maintien sérieux cette littérature qui s’écartèle entre la drôlerie et l’angoisse ? Le spectateur fera comme il voudra. Sylvie Blotnikas et Julien Rochefort cultivent savamment ces ambiguïtés de la comédie kafkaïenne.

Les Récits de M. Kafka, d’après Frantz Kafka, traduction et adaptation de Sylvie Blotnikas, lumières de Laurent Béal, mis en scène et joué par Sylvie Blotnikas et Julien Rochefort.

Lucernaire, 19 h, tél. : 01 45 44 57 34, jusqu’au 1er mars. (Durée : 1 h 15).

Photo Fabienne Rappeneau.

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