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Critiques / Théâtre

Les Frères Karamazov, d’après Fédor Dostoïevski, mise en scène de Sylvain Creuzevault

par Brigitte Coutin

Une adaptation dynamique et efficace

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Après Les Démons et L’Adolescent et Le Grand Inquisiteur, Sylvain Creuzevault adapte le dernier roman de Dostoïevski Les Frères Karamazov. Pour cette adaptation claire, fluide et modernisée, Sylvain Creuzevault a coupé largement dans les 1300 pages pour garder la quintessence de l’intrigue, les thèmes majeurs ( rôle du père, athéisme, culpabilité, rédemption) et l’esprit farcesque du roman. Les clins d’œil, les adresses directes au public rappellent le jeu du narrateur avec le lecteur en introduisant coupures, digressions et commentaires sur une situation.
Cette histoire de famille est marquée par un parricide. Qui a tué le père, Fiodor Pavlovitch Karamazov, ce père indigne qui a négligé ses fils, rusé en affaires et malhonnête ? Est-ce Dmitri, impulsif, orgueilleux, bagarreur, aimant les femmes et l’alcool ? Ivan, l’intellectuel, athée, plus réservé ? Aliocha, sincère, pieux, naïf ? Smerdiakov, le fils illégitime, cynique qui vit comme serviteur chez son père ?
Les Karamazov sont réunis dans le couvent où vit Aliocha, en présence du starets Zossime, guide spirituel d’Aliocha considéré par beaucoup comme un saint capable de miracles. Ils espèrent résoudre les conflits d’argent qui opposent le père Fiodor à son fils Dmitri. Très vite le ton monte, les invectives éclatent et rien ne se résoud. Est-ce un possible mobile du meurtre ?

Les relations rudes et complexes entre les personnages sont marquées par des questions d’argent compliquées (dettes, prêts, héritage), et les conflits amoureux. Dmitri, avant de tomber amoureux de Grouchenka, une jeune femme à la vertu douteuse d’une beauté ensorcelante, était fiancé à Katérina Ivanovna. Le père Fiodor Karamazov s’éprend lui aussi de Grouchenka tandis qu’Ivan est amoureux de Katérina que son frère Dmitri lui céderait bien en compensation de son abandon. Même si ces éléments, le jeu dynamique des acteurs et la succession des lieux rappellent un vaudeville, le contexte n’est pas aussi léger.

L’humour et la farce surgissent même lors d’événements tragiques comme la mort du starets Zossime. La scène de la veillée est particulièrement drôle. Le cadavre de cet homme, considéré comme un saint, pue rapidement suscitant des réactions gênées qui relèvent de la farce.

Dans une scénographie sobre où les jeux de lumières et les interventions de deux musiciens dans la fosse participent efficacement à la dynamique du spectacle, les comédiens sont formidables et dotés d’une belle énergie et d’une vraie générosité. Arthur Igual, rend le personnage d’ Aliocha attachant par sa naïveté et son désir de faire le bien. Sylvain Creuzevault donne à Yvan toute la rigueur du personnage. Vladislav Galard est un Dmitri survolté, débridé et convainquant dans sa démesure. Nicolas Bouchaud est d’abord Fiodor Karamazov, le père, le bouffon comme il aime se définir, puis l’avocat de Dmitri, plus cabotin que jamais, qui se lance dans un discours théâtralisé très drôle. Sava Lolov passe de la réserve du starets malade au rôle du Polonais violent, amant de Grouchenka, puis endosse le costume du procureur au discours creux et maladroit lors de l’interview télévisée. Blanche Ripoche est la fiancée bafouée, Katérina Ivanovna, et Pavel Smerdiakov, violent, cynique, implacable dans sa rancœur. Servane Ducorps, très drôle dans son rôle de religieuse lors de la veillée du starets, exprime avec talent toutes les facettes complexes de Grouchenka. Frédéric Noaille est d’abord Rakitine, le jeune séminariste plus clairvoyant sur la noirceur du monde que compagnon d’Aliocha, puis Snéguiriov qui symbolise à la fois la misère du peuple russe et le père digne et aimant, accablé par la mort de son fils, tout le contraire de Fiodor Karamazov.

Cette adaptation, qui certes ne rend que partiellement compte de l’ampleur du roman de Dostoïevski, est une proposition subtile portée avec brio par l’ensemble des comédiens.

Les Frères Karamazov, d’après Dostoïevski, mise en scène de Sylvain Creuzevault
Avec Nicolas Bouchaud, Sylvain Creuzevault, Servane Ducorps, Vladislav Galard, Arthur Igual, Sava Lolov, Frédéric Noaille, Blanche Ripoche, Sylvain Sounier
Musiciens et création musique : Sylvaine Hélary, Antonin Rayon

Traduction française : André Markowicz
Dramaturgie : Julien Allavena
Scénographie : Jean-Baptiste Bellon
Lumière : Vyara Stefanova
Maquillage : Mytil Brimeur
Masques Loïc : Nébréda
Costumes : Gwendoline Bouget
Son : Michaël Schaller
Vidéo, accessoires : Valentin Dabbadie
Crédit photo : Simon Gosselin

Théâtre de l’Odéon, Place de l’Odéon, 75006 Paris
Jusqu’au 13 novembre 2021
durée 3h15 (avec un entracte)
du mardi au samedi à 19h30, le dimanche à 15h

En tournée
23 – 24 novembre L’Empreinte – scène nationale Brive-Tulle
12 – 14 janvier Théâtre des Treize vents – centre dramatique national de Montpellier
17 – 18 février Points communs – nouvelle scène nationale de Cergy-Pontoise
11 – 19 mars Théâtre national de Strasbourg
24 – 25 mars Bonlieu scène nationale – Annecy
13 – 14 avril La Coursive – scène nationale de La Rochelle
29 – 30 avril Teatro nacional São João – Porto

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