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Critiques / Danse

Le grand opéra 1828 – 1867, le spectacle de l’histoire et Degas à l’Opéra 

par Yves Bourgade

Deux expositions - Exaltation de la place de la danse

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L’Opéra de Paris fête cette saison le 350ème anniversaire de sa création avec de nouvelles productions d’ouvrages lyriques et chorégraphiques, certains liés à son histoire et avec deux expositions, l’une sur le « Grand opéra 1828-1867 » au Palais Garnier, l’autre consacrée à « Degas à l’Opéra » au Musée d’Orsay.
Ces expositions qui raviront les amateurs de l’univers lyrique, sont aussi une occasion de mesurer la juste place que la danse a toujours tenu à l’Opéra de Paris.
Au Palais Garnier, dans la Bibliothèque–Musée, tableaux, gravures, dessins, maquettes de décors et de salles d’opéra, affiches, photos et manuscrits musicaux, ont été réunis et font revivre une période bien particulière et courte de l’histoire de la maison entre 1828 et 1867, période où triompha le « grand opéra ». En gros la Monarchie de Juillet, la IIème République et le début du Second Empire. Ce genre spécifiquement français se caractérise par un livret qui emprunte à l’histoire et non plus à l’Antiquité, par une scénographie fastueuse, par une masse chorale importante et par la présence d’un ballet.
Dès l’origine, une place de choix est en effet réservée à la danse dans ce grand opéra. Cette pratique va servir de laboratoire au ballet romantique lequel se développa aussi à la même époque en France. Le goût pour la danse était à la mode au point que les membres du Jockey-Club, abonnés fidèles de l’Opéra, n’arrivaient que pour le début du troisième acte des ouvrages lyriques où prenait place, alors, le ballet.
Verdi et Wagner, a contrecœur, durent se plier à cet impératif, le premier pour son « Don Carlos » (1867) et avant « Les vêpres siciliennes » (1855), le second pour « Tannhäuser » (1861). Lucien Petipa (frère de Marius), dont l’exposition de Garnier montre un portait par Louise Desnos, régla la pièce dansée de l’opéra de Wagner. L’immense engouement pour la danse était tel que l’on introduisit même un divertissement dansé dans le « Don Giovanni » de Mozart lors de sa reprise.
Le premier « vrai » grand opéra fut en fait « La Muette de Portici » d’Auber (1828) dont l’héroïne principale était d’ailleurs interprétée par une danseuse. La création de « Robert le Diable » de Meyerbeer (1831) fut un autre événement. Le ballet de cette œuvre servit de prototype au ballet blanc romantique (« La Sylphide », « Giselle », etc.) avec sa « Bacchanale des nonnes », chorégraphiée par Philippe Taglioni pour sa fille Marie, laquelle contribua à donner ses lettres de noblesse aux pointes. En revanche « Le Juif errant « d’Halévy (1852) fut un échec patent, mais fut sauvé par son ballet réglé par Arthur Saint-Léon.
L’exposition de Garnier a un point commun avec l’exposition « Degas à l’Opéra » au Musée d’Orsay : l’évocation des deux « maisons » qui abritèrent l’Opéra de Paris, la Salle Le Peletier, puis le Palais Garnier inauguré en 1875. Il ressort des documents présentés (maquettes, photos, peintures, registres) que la Salle Le Peletier avec son vaste plateau fut bien « l’écrin du grand opéra »

Edgar Degas (1834-1917) qui fréquenta les deux théâtres ne s’intéressait pas pourtant vraiment aux bâtiments. En revanche il ne se lassait pas de l’esprit des lieux et il l’a rendu en peignant sans relâche danseuses réputées et inconnues, à l’exercice ou au repos, instrumentistes, coulisses, les salles de répétition et les foyers avec les fameux abonnés en habit noir. Il n’hésite pas à représenter les jeux de regard entre salle et scène au moyen de cadrages décalés originaux, de biais, en surplomb et du dessous qui permettent des angles de vision différents. Avec une rare maîtrise des raccourcis, il joue pour ces cadrages décalés avec les éclairages colorés du théâtre.
Pour faire partager sa passion pour l’univers de l’opéra et sa fascination pour le corps dansant (et ses admirateurs), le peintre utilisa le large éventail des techniques de l’estampe, du modelage, du pastel, du dessin, de la photographie et du monotype que Degas appelait « dessin à l’encre grasse et imprimé ». Il sculpta également, surtout à la fin de vie car sa vue baissait et sa « Petite Danseuse de quatorze ans » est présente à l’exposition. Ce fut la seule sculpture qui fut exposée de son vivant.

« Le grand opéra 1828 – 1867, le spectacle de l’histoire » au Palais Garnier à Paris (jusqu’au 2 février 2020)

« Degas à l’Opéra », Musée d’Orsay à Paris (jusqu’au 19 janvier 2020)

© Charles-Antoine Cambon - Maquette de décor en volume pour le ballet dans l’opéra Don Carlos, acte III, tableau 2 : « La Pérégrina », grotte féérique, 1867. Gouache sur carton, 36 x 61 x 43 cm. BnF, département de la Musique, Bibliothèque-musée de l’Opéra. © BnF

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