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Critiques / Théâtre

La Puce à l’oreille

par Gilles Costaz

Un vaudeville sous la neige

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Au cœur du trop plein de Feydeau que nous vivons (franchement, il n’y a pas autre chose ? Feydeau est un maître du comique, mais pourquoi ne pas aller voir ailleurs ?), la Comédie-Française maintient son cap historique et sa place en tête. L’auteur du Fil à la patte lui a toujours réussi. Voilà La Puce à l’oreille dont le principe est de faire virevolter une série de personnages faussement irréprochables d’un appartement vertueux à un hôtel voué à la débauche, le bien-nommé hôtel du Minet galant. Est-ce parce que le metteur en scène, Lilo Baur, est de nationalité suisse que cette affaire très parisienne est transposée à la montagne, avec abondance de neige et défilé de skieurs derrière la fenêtre ? On ne sait mais cela fait partie d’une amplification des gags qui est le propre de la mise en scène et dont l’on ne plaindra pas.
En dehors de l’enchaînement habituel de catastrophes sur lequel repose (sans une seconde de repos) ce type de vaudeville, Feydeau fait là fonctionner deux idées comiques supplémentaires : l’existence d’un sosie, le bourgeois Chandebise ayant un double qui lui ressemble trait pour trait (et c’est un valet alcoolique engagé à l’hôtel du Minet galant, on imagine les incidents que cela provoque), et la présence hilarante d’un personnage qui ne peut prononcer que les voyelles. A partir de ces éléments épatants Lilo Baur met le spectacle à la vitesse supérieure et le fait se dérouler dans les années 50. Changement réussi parce que ce qui frappe, c’est que l’humanité tourbillonnante en scène est d’une belle imbécillité. L’on n’est plus dans la rondeur sympathique traditionnelle. Anna Cervinka compose une épouse glaciale et futée. Serge Bagdassarian, magnifique, se dédouble en bourgeois vaniteux et en domestique hagard, faisant de chacun de ses deux personnages un être dépassé par les événements, quasiment écrasé par le destin. Alexandre Pavloff en ami de la maison, apporte une belle note de sécheresse. Cécile Brune figure parfaitement la respectabilité crapuleuse. Jean Chevalier sait se priver des consonnes pour être ce Camille balbutiant et pourtant d’une certaine clarté langagière. En patron d’hôtel douteux, Thierry Hancisse est d’un impeccable cynisme. Jérémy Lopez est carnassier à souhait. Nicolas Lormeau, Pauline Clément, Elise Lhomeau et Sébastien Pouderoux combinent avec justesse la politesse et la rudesse.
Tout irait bien dans cette course-poursuite forcenée où le vice et la vertu comptent moins que le souci des apparences et où le décor (Andrew D. Edwards) et les costumes (Agnès Falque) ont de jolies couleurs acidulées. Mais pourquoi avoir utilisé ainsi les comédiens de ce qu’on appelle la diversité ? Passe encore pour Bakary Sangaré, qui joue un pauvre type cherchant une place au chaud dans un claque. Mais au nom de quoi donner à Birane Ba un rôle de bête sexuelle sautant dans les couloirs de l’hôtel ? En 2019 voir les comédiens noirs sous cet angle est absolument gênant. Les moments où intervient Birane Ba doivent être repensés d’urgence.

La Puce à l’oreille de Feydeau
Mise en scène : Lilo Baur
Scénographie : Andrew D Edwards
Costumes : Agnès Falque
Lumières : Fabrice Kebour
Musique originale et concept sonore : Mich Ochowiak
Réglage des mouvements : Joan Bellviure
Maquillages : Carole Anquetil
Collaboration artistique : Katia Flouest-Sell
Avec Thierry Hancisse, Serge Bagdassarian, Anna Cervinka, Cécile Brune, Alexandre Pavloff, Clotilde de Bayser, Bakary Sangaré, Nicolas Lormeau,Sébastien Pouderoux, Elise Lhomeau, Birane Ba, Clément Bresson, Camille Seltz, Aksel Carrez, Mickaël Pelissier, Nicolas Verdier.

Comédie-Française, en alternance jusqu’au 23 février, tél. : 01 44 58 15 15. (Durée : 2 h 10).
Retransmission dans 200 cinémas le 17 novembre, 20 h 15. Reprises dans les salles les 11 novembre et 1er décembre à 17h et le 12 novembre à 20h
Liste des salles et réservation sur www.pathelive.com

Photo Brigitte Enguérand.

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