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Critiques / Théâtre

La Paix dans le monde de Diastème

par Gilles Costaz

Un homme qui n’est qu’amour fou

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Diastème, auteur, journaliste, metteur en scène et cinéaste (il a même réalisé un film sur le off), revient régulièrement à Avignon. Comme poète de la scène, il poursuit généralement une même histoire, celle de Simon et Lucie, dont les deux premiers épisodes étaient La Nuit du thermomètre et 107 ans et dont le nouveau chapitre, La Paix dans le monde, inédit, est créé cet été. C’est une fresque de l’amour fou qui passe par la folie. On retrouve là Simon qui vit dans une résidence sous surveillance. En raison d’actes violents, il a été séparé de Lucie, « avec interdiction d’approcher ». Isolé en Suisse, il ne songe qu’à Lucie. Il se blesse, se mutile, lit, fait du feu de cheminée. Il se pense guéri. La « pays dans le monde » va venir. Quinze ans ont passé, l’interdiction a pris fin. Il va pouvoir retrouver Lucie, avec qui il correspond, masqué, sur internet. Il la rencontre, en effet. Mais leur amour n’est-il pas impossible ?
C’est un moment comme on en vit peu au théâtre, posé sur le silence et la douleur. La mise en place du son, de la musique (faite par le merveilleux Cali) et des images est d’une science extrême, mais aucun élément n’est mis en relief pour obtenir un effet. Tout accompagne discrètement le monologue d’un homme qui vit dans un amour absolu et ne regarde le monde qu’à travers lui. Frédéric Andrau, d’abord et longtemps assis sur l’arête supérieure d’un parallélépipède de verre, joue son texte d’une voix douce. Sa diction pourrait sembler uniforme mais cette fausse monotonie prend sa vérité au plus profond de l’âme, là où les inflexions sont à peine sonores mais sensibles à toute personne qui sait traverser le miroir des conventions de l’expression. Andrau conte la passion folle de son personnage avec la tranquillité de celui qui aime, ne vit que pour une seule vérité et ignore le mal, même celui qui sort de lui dans des mouvements d’inconscience. Pour arriver à ce jeu étale et vibrant, l’acteur a dû gommer mille choses. Son interprétation feutrée et épurée a quelque chose de tout à fait unique, qu’on ne peut comparer, par exemple, au style de diction ralenti que Claude Régy demande à ses acteurs. Le jeu d’Andrau va chercher et trouve les replis les plus secrets et attentifs de notre cerveau. L’instant vécu avec Diastème et Andrau n’est pas sans tristesse ni désespoir. On reçoit le sentiment de l’espérance et celui de l’impossibilité de celle-ci. Diasthème, dans son chant sans éclat, dans une immobilité théâtrale électrisante, dit avec un grand art très personnel la grandeur de la passion et l’inévitable vacillement de la vie.

La Paix dans le monde de Diastème, mise en scène de Diastème, musique de Cali, images de Vanessa Filho, décor d’Alban Ho Van, lumières de Stéphane Baquet, costumes de Frédéric Cambier, assistanat de Mathieu Morelle, avec Frédéric Andrau (et la participation, à l’image, d’Emma de Caunes).

Festival d’Avignon off : Artéphile, 14 h 05, tél. : 04 90 03 01 90, jusqu’au 27 juillet. (Durée : 1 h 20).

Photo Vanessa Filho.

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