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Critiques / Théâtre

La Millième Nuit de Carol Wolf

par Gilles Costaz

Démultiplication d’un acteur

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C’est une pièce à un acteur et à vingt personnages, faite pour ces types d’artistes qui aiment à se démultiplier. Thierry Ferrari, qu’on a vu notamment dans les spectacles magnifiquement démesurés d’Emile Salimov, a choisi, cette fois, la solitude en optant pour le texte de Carol Wolf traduit par Gérard Linsolas, La Millième Nuit. L’auteure, une Américaine peu connue en France mais très connaisseuse de l’histoire de notre pays, a imaginé une situation idéalement propice au jeu théâtral – en même temps qu’elle brosse le tableau des pires années du XXe siècle. En 1943, dans un village d’une campagne française, un comédien se débat sur un quai de gare. Il a été raflé, mis dans un train, sorti du train qui a été saboté, placé sous bonne garde, en même temps que les autres prisonniers du convoi. Lui est accusé d’avoir introduit des idées subversives dans ses spectacles. Sans ses partenaires, absents parce que persécutés comme lui, il entreprend de convaincre ses interrogateurs qu’il a juste conté l’histoire de Shéhérazade, d’Ali-Baba et de de ces mille et une nuits qui ne sont que des fictions. Le personnage du conte a droit à trois vœux, qui peuvent être exaucés par le Génie de la lampe. Le prisonnier cherche à être exaucé, mais ce qu’il détaille, en réalité, c’est l’aventure des siens, de ceux que le système nazi broie et qu’il évoque fraternellement dans un riche tableau syncopé, tout en représentant aussi les bourreaux.
Gérard Linsolas a fondé le spectacle sur un dépouillement absolu. Il n’y a qu’une valise et quelques éléments vestimentaires. La mise en scène de Linsolas mène l’acteur vers un jeu volontiers frénétique. Comme le personnage joue sa vie, l’interprète joue tous les ressorts du jeu. Jérôme Ferrari opère une sorte de course dans la métamorphose. Il est différent de minute en minute. A rebours de la distanciation à la mode, il avance sans prudence, dans un sprint théâtral sidérant, réussissant cet incroyable pari qui est d’être en même temps une seule personne, toujours présente dans sa lutte folle pour la vie, et toutes les personnes qui surgissent dans une fable construite à la vitesse de la peur.

La Millième Nuit de Carol Wolf, adaptation et mise en scène de Gérard Linsolas, avec Thierry Ferrari.

Festival Off, Avignon : Théâtre du Rempart, 12 h 50, tél. : 04 90 81 00 37 48, jusqu’au 28 juillet. (Durée : 1 h 15).

Photo DR.

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