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Critiques / Opéra & Classique

La Forza del Destino de Giuseppe Verdi

par Jaime Estapà i Argemí

L’improbable n’est pas impossible

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Afin de mettre en valeur l’arrachement du héros romantique à la société dans laquelle il vit, il est nécessaire à l’auteur du roman ou de la pièce, de souligner l’emprise et l’intransigeance des institutions. La plupart des situations dramatiques des opéras de Giuseppe Verdi –issues de plumes adroitement choisies- acceptent ce principe. Peu nombreuses sont, en revanche, celles qui s’y conforment aussi complètement que La forza del destino tirée du drame de Don Angel de Saavedra y Ramirez de Boquedano, duc de Rivas (1791-1865).

Le héros romantique face à l’Eglise, la Famille et la Patrie

Le dramaturge a construit son intrigue à partir de cette évidence structurelle : Don Alvaro, moitié indien inca du Pérou, donc éloigné des espagnols –voir WT du 13 février 2012 l’article de Caroline Alexander-, affronte tour à tour toutes les institutions. D’abord "la Famille" –il tue le père et le frère de sa bienaimée-, puis "l’Armée", symbole de l’amour de la patrie, -il accepte le défi de Don Carlo lors d’une situation militairement critique, face à l’ennemi-, et enfin "l’Eglise" –il se bat en duel dans un lieu sacré-. Ainsi donc la Famille (dont la pureté de la « race » demeure une valeur essentielle deux siècles après la colonisation de l’Amérique), l’Eglise et la Patrie, forment le socle sociétal au-dessus duquel Don Alvaro élève son moi. La déroute du héros, (dans la pièce de théâtre ainsi que dans la première version de l’opéra, il se suicide), vient confirmer l’impossibilité –toute romantique- de réussir individuellement la lutte contre la société établie : le héros romantique est perdant par construction.

Une mise en scène sans grand intérêt

Qu’apporte en effet la transposition d’une époque (le XVIIIème siècle) inconnue du grand public à une autre époque (le XIXème siècle) tout aussi inconnue ? D’ailleurs, l’opéra est plus en phase avec la société espagnole du XVIIIème davantage attachée aux institutions, qu’avec celle du XIXème largement plus ouverte aux idées libérales. De plus, Jean-Claude Auvray introduit des contrevérités historiques : que dire du drapeau espagnol flottant sur le champ de bataille de l’armée italienne ? En revanche ce drapeau était bien là lors de la Guerre de la succession d’Autriche (1740-48), durant laquelle Giuseppe Verdi -et le Duc de Rivas- situent l’action.

Alain Chambon offre un décor quasi réaliste au début de la représentation–la salle à manger du Marquis de Calatrava- mais, bien vite il fait disparaître de la scène toute référence au lieu et au temps historique. Seuls quelques accessoires –une chaise, un crucifix…- et les costumes de Maria Chiara Donato ont permis au public de repérer les situations dramatiques.

Des chœurs et un orchestre dévoués

Les chœurs de la maison –José Luis Basso-, renforcés pour l’occasion par ceux des Amis de l’Opera de Girona particulièrement bien préparés par Conxita Garcia, ont maintenu très haut le niveau vocal et dramatique de leurs interventions aussi nombreuses que diversifiées. A l’armée comme au monastère ils ont représenté efficacement le peuple.

Renato Palumbo et l’orchestre du Liceu, rompus à la musique de Giuseppe Verdi, ont été largement applaudis. L’extrême application déployée pendant les huit minutes symphoniques à la fin du premier acte, l’atmosphère musicale, lyrique, riche en rythmes et haute en couleurs et l’appui sans faille apporté aux solistes ont emporté l’enthousiasme du public.

Trois distributions de bon niveau

Ainsi que le pratique de plus en plus couramment le Liceu, au grand regret des metteurs en scène, trois distributions différentes se partagent les quatorze représentations de l’œuvre cette saison.

Lors de la représentation du 5 octobre, Violeta Urmana a donné de Donna Leonora une version lyrique, expressive, bien timbrée et maitrisée, globalement convaincante, malgré les quelques doutes et tremblements de voix lors de ses premières interventions. Tout est rentré dans l’ordre à la faveur d’une cabalette, les notes courtes favorisant l’expression vocale de l’artiste.

A l’applaudimètre c’est cependant Ludovic Tézier qui a emporté le plus gros succès. Le baryton, très sûr de lui, a incarné le personnage de Don Carlo, le frère vengeur, avec fougue et sens du rythme, avec élégance aussi. Seul petit nuage, la couleur obscure de sa voix un tantinet inopportune au départ (Son Pereda) puis justifiée pleinement par la suite (Urna fatale). Si Preziosilla –Marianne Cornetti- n’a pas réussi à entraîner le public autour de ses deux interventions majeures, faute de conviction (et non faute de voix), Bruno de Simone ne nous a pas fait oublier le Fra Melitone de Gabriel Bacquier ; les voix basses Vitalij Kowaljow -Padre Guardiano- et Abramo Rosalen -Calatrava- ont été à la hauteur. On a aussi bien apprécié les brèves interventions de Viçens Esteve Madrid –Maese Trabuco-.

Le maillon faible de la chaîne aura donc été Marcello Giordani dans le rôle de Don Alvaro. Non pas que le ténor italien ait manqué d’assurance vocale ni de présence scénique, mais il a manqué à son chant le lyrisme nécessaire au héros romantique et, par moments, la vraisemblance de ses emportements face aux situations abracadabrantesques du livret.

La forza del destinode Giuseppe Verdi, livret de Francesco Maria Piave d’après le drame Don Alvaro o la fuerza del sino (1835) de Don Angel de Saavedra, duque de Rivas. Mise en scène Jean Claude Auvray, direction musicale de Renato Palumbo. Avec (le 5 octobre 2012) : Violeta Urmana, Marianne Cornetti, Marcello Giordani, Ludovic Tézier, Vitali Kowaljow, Bruno de Simone, Viçens Esteve Madrid, Marc Pujol, Anna Alàs et autres.

Coproduction du Gran Teatre del Liceu et de l’Opéra National de Paris.

Gran Teatre del Liceu les 2,3,5,6,8,9,10,11,13,14,16,17,18 et 20 octobre 2012.

Tél. +34 93 485 99 29 Fax +34 93 485 99 18
http://www.liceubarcelona.com exploitation liceubarcelona.cat

Photos : A. Bofill

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