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Critiques / Théâtre

L’Amie de Michèle Manceaux

par Gilles Costaz

Ecrivaines et voisines

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Marguerite Duras et Michèle Manceaux possédaient une maison dans le même village des Yvelines, Neauphle-le-Château. Elles se voyaient régulièrement et s’aimaient beaucoup. Pourtant, après trente ans d’amitié, Duras téléphona à Manceaux pour lui dire : « Nous ne sommes plus amies. Tu m’as utilisée dans ton dernier livre ». Michèle Manceaux n’avait consacré à son illustre voisine qu’une vingtaine de pages de son nouvel ouvrage. Mais le couperet tomba. Elles ne se revirent plus. Duras mourut la première. Au lieu de cultiver une quelconque rancune, Manceaux retrouva toute la beauté de cet accord et revécut mentalement ces trente années de complicité. C’est ainsi que parut, en 1997, L’Amie, témoignage de ce partage que la vie interrompit mais que la mort rétablit. Philippe Honoré pensa qu’il y avait là matière à théâtre. Il en fit un spectacle en 2010, fondé sur l’interprétation de Nathalie Grauwin, qui est repris à présent au Studio Hébertot.
La scène est nue, sauf en son milieu où un cossu fauteuil rouge sert de centre vital au personnage qui s’agite, va à gauche et à droite, quand sa concentration ne le propulse pas au cœur du plateau : Michèle Manceaux, interprétée par Nathalie Grauwin en négligé (pull vert, pantalon noir). Le personnage parle comme cela vient dans la mémoire. Mais le souvenir est sans désordre, il poursuit sans trop de méandres la chronologie. Le récit est beau, irréfutable, fidèle à ce que l’on sait : Duras vit dans la passion de l’amour mais sait être dans l’amitié, avec de fréquents sursauts de supériorité. Nathalie Grauwin joue cette visitation du passé sans états d’âme démonstratifs. Les épisodes lui tombent dessus comme des gouttes d’élixir et d’acide. Elle laisse entrevoir la joie et la douleur. Elle n’est pas dans la confidence attendrie ou enfiévrée. Elle est dans la distance qui comprend, relie les événements les uns aux autres, trace un dessin où l’on s’efface au profit d’une autre. La mise en scène de Philippe Honoré compose une sonate discrète, aux notes secrètes où chacun peut éprouver ses propres sensations de d’admiration ou de dédain. Par Nathalie Grauwin et par cette mise en forme, la partition de Michèle Manceaux est admirablement pianotée.

L’Amie de Michèle Manceaux, adaptation et mise en scène de Philippe Honoré, lumières de Jean Grison, avec Nathalie Grauwin.

Studio Hébertot, le mardi et mercredi, tél. : 01 42 93 13 04, jusqu’au 18 décembre. (Durée : 1 h 15).

Photo DR.

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