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Critiques / Opéra & Classique

L’ARBORE DI DIANA de Vivent Martin i Soler

par Jaime Estapà i Argemí

Comment analyser la pensée d’un peuple à travers sa musique

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Vicent Martín i Soler, musicien aujourd’hui méconnu, est né à Valence (Espagne) en 1754. Il est décédé à Saint Petersbourg en 1806, pratiquement sans ressources, après avoir été la coqueluche de la Vienne impériale sous Joseph II et Léopold II. Son œuvre a laissé son empreinte à Londres et à Saint Petersbourg, autrement dit sur l’Angleterre et la Russie toutes entières.

Lors de son séjour à Vienne dans les années 1780-90, Vicent Martín i Soler surpassait en popularité Wolfgang Amadeus Mozart son contemporain, qui lui emprunta même un très bref et joyeux passage de « Cosa rara », son œuvre fétiche, pour illustrer le repas ténébreux de Don Giovanni.

Il est donc logique que le Gran Teatre del Liceu, ait inclus dans sa saison « L’arbore di Diana » (Vienne 1787), œuvre majeure du de Vicent Martín i Soler, sur un livret de l’incontournable Lorenzo Da Ponte.

Lors de la représentation du 9 octobre le Liceu n’a cependant pas affiché complet, sans doute à cause de la crise économique que traverse l’Espagne et du long week-end en perspective (le 12 octobre l’Espagne fête l’arrivée de Christophe Colomb à l’île de San Salvador en 1492), mais aussi, très probablement surtout à cause du fait que l’on a classé l’œuvre de Vicent Martín i Soler dans la case « sous-Mozart ».

Vicent Martín i Soler versus Wolfgang Amadeus Mozart

Les musiques de Vicent Martín i Soler et du maître de Salzbourg ont en effet des points communs : elles appartiennent à la même époque et s’adressent au même public. Mais celle du valencien, vivace et tendre, s’exprime de manière bien plus tranquille et posée, même si elle véhicule autant d’idées dures et contestataires : ce pommier de Diane fait l’apologie de l’amour physique en opposition à la chasteté hors mariage. L’une et l’autre de ces musiques, par leurs différences, élargissent en même temps notre compréhension de la palette des sensibilités de l’empire centre européen du XVIIIème siècle, et, si celle de Vicent Martín i Soler eut davantage de succès, cela montre bien que la réception d’un message dépend beaucoup de la façon dont il est exprimé. Nous laisserons aux spécialistes le soin d’explorer en profondeur la mentalité du public viennois à partir des œuvres du musicien espagnol et de celles de Wolfgang Amadeus Mozart. Cette analyse, inexistante à notre connaissance, pourrait s’étendre à tous les milieux et à toutes les époques de la culture occidentale, depuis les chœurs de la Grèce classique jusqu’au rap de nos jours.

Le Liceu vainqueur de ses propres faiblesses

« L’arbore di Diana » raconte comment Diane, la chaste chasseresse, et ses vestales succombent l’une après l’autre aux charmes de l’amour charnel. Preuve de cette déchéance, c’est la transformation des pommes du jardin de Diane : sucrées et brillantes lorsque les vierges gardent leur chasteté, elles se dessèchent et finissent par tomber (sur les coupables) après qu’Amour soit passé par là.

Certes l’orchestre à tout faire du Liceu et les dimensions trop importantes de la magnifique salle barcelonaise étaient un handicap structurel pour une restitution valable de l’œuvre, mais Harry Bicket dans la fosse et la mise en scène de Francisco Negrín ont surpassé ces difficultés afin d’offrir un spectacle équilibré et conforme aux canons les plus exigeants de la musique de la période baroque.

Le succès vint aussi du côté du jeu et du chant des artistes sur la scène car il était en effet difficile de ne pas tomber sous le charme d’Amour, tant la performance de Michael Maniaci – pur produit de la Julliard Academy - attira l’attention du public et de ses partenaires féminines sur scène ; doux et pondéré dans ses propos, présent aux moments importants de l’histoire, doté d’une diction claire et de propos efficaces, légèrement cabotin même quelquefois, il réussit à semer le doute, puis la révolte de la plus osée des accompagnatrices de Diane – Britomarte brillamment incarnée par Ainhoa Garmendia. Le reste suivit. Face à lui, Laura Aikin/Diana réussit pendant un temps à résister à ses sollicitations, c’est-à-dire à ses propres pulsions, avant de céder et d’admettre la primauté de l’amour et de le déclarer haut, fort et avec honnêteté, au monde entier.

Le reste de la distribution exécuta un travail remarquable de finesse et d’exactitude. Charles Workman/Silvio, une grande voix bien maîtrisée pour l’occasion, Steve Davislim/Endimió entreprenant, quelque peu brutal, et Marco Vinco/Doristo qui honora un rôle plus long, sans complexe ni recherche particulière. Marissa Martins /Clizia et Jossie Perez/Cloe ont contribué par leurs doutes et leurs convictions à canaliser l’histoire à travers les sentiers imaginés par Lorenzo Da Ponte et illustrée musicalement par le maître de Valence.

« L’arbore di Diana » « Dramma giocoso » en deux actes, livret de Lorenzo da Ponte. Production du Gran Teatre del Liceu et du Teatro Real de Madrid. Mise en scène de Francisco Negrín. Décors de Ariana Isabell Unfried et Rifail Ajdarpasic. Direction musicale de Harry Bicket. Chanteurs : Laura Aikin, Michael Maniacci, Ainhoa Garmendia, Marisa Martins, Jossie Perez, Charles Workman, Steve Davislim, Marco Vinco.

Gran Teatre del Liceu les 1, 2, 3, 5, 6, 7, 8, 9, 11, 13, 14 octobre 2009.

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