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Critiques / Théâtre

J’entrerai dans ton silence d’après Hugo Horiot

par Gilles Costaz

Un enfant inverse son destin

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Après la bouleversante création de PompierS de Jean-Benoît Patricot (une pièce sur le viol collectif), Serge Barbuscia se tourne vers une autre forme de tragédie quotidienne, une existence bouleversée par l’autisme. J’entrerai dans ton silence n’est pas, pour autant, du théâtre social ou médical. C’est, transposée au théâtre, muée en parole théâtrale, la vérité criée et écrite d’Hugo Horiot. Celui-ci, dont les livres, Autisme : J’accuse, Carnet d’un imposteur, L’Empereur, c’est moi, ont eu un grand retentissement, a longtemps vécu dans le silence et la souffrance de l’autisme. Classé « asperger », il a triomphé de son isolement par un extraordinaire combat intérieur et en choisissant la voie du théâtre. Devenu comédien, il a pu pleinement briser les différences et acquérir la vie donnée à ceux qui ont la chance de ne pas connaître une enfance encagée. Fils d’une romancière estimée, Fançoise Lefèvre, qui lui a consacré naguère un livre, Le Petit Prince cannibale, il a eu avec sa mère des relations difficiles. D’une manière imprévue et audacieuse, le spectacle de Serge Barbuscia adapte plusieurs livres, ceux d’Hugo Horiot et le témoignage de Françoise Lefèvre. Il conte ainsi le double combat d’Horiot qui veut changer son destin et exige l’amour et la compréhension de sa mèr, et la douloureuse relation mère-fils. Rude bras de fer, qui mène un jeune homme à sa liberté.
Serge Barbuscia associe souvent la réalité de l’acteur et l’abstraction d’un décor. Des colonnes encadrent un coffre qui est à la fois un lit et le cœur de la scène. Trois personnages interviennent dans une incessante circulation enrobée de musique : Hugo, sa mère, un narrateur. La mise en scène de Barbuscia les tient à distance. Les deux protagonistes s’affrontent sans se rapprocher ni se toucher, comme prisonniers de leur solitude. Fabrice Lebert est d’une remarquable force pudique. Camille Carraz d’une poignante et subtile sensiblité. Barbuscia incarne le narrateur dans une présence savamment fluctuante. Le spectacle, d’une émotion et d’une tension tujours en progression, est d’un très beau feu et d’un savant tournoiement de flammes.

Avignon off  : J’entrerai dans ton silence d’Hugo Horiot et Françoise Lefèvre, adaptation et mise en scène de Serge Barbuscia, composition sonore et musicale d’Eric Craviatto, lumière de Sébastien Lebert, avec Fabrice Lebert, Camille Carraz, Serge Barbuscia.

Théâtre du Balcon, tél. : 04 90 85 00 90, 17 h 20 (durée : 1 h 15). Du 6 au 28 juillet.

Photo Emotionheader : Hugo Horiot.

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