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Critiques / Théâtre

George et Sarah de Thierry Lassale

par Gilles Costaz

Deux monstres sacrés

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Deux nouveaux venus au répertoire des grands de l’Histoire convoqués par le théâtre pour une rencontre faite de vérité et de fiction : George Sand et Sarah Bernhardt. Il fallait y penser car les deux personnalités semblent ne pas appartenir au m^me temps. Mais, malgré cet écart de quelques dizaines d’années, elles se sont bel et bien rencontrées. Thierry Lassale a découvert cela dans quelque annale et, à partir d’un élément authentique (la femme écrivain est venue dans un village breton solliciter l’actrice pour qu’elle joue sa dernière pièce), a imaginé une rencontre où les deux tempéraments s’opposent avant de s’entendre, in extremis.
George Sand, jeune actrice déjà célèbre, vit avec un homme à tout faire dans ce petit port de Bretagne quand Sarah, d’un âge bien frappé, toque à la porte. Elle est mal reçue par la comédienne, qui n’a que faire de la notoriété de sa visiteuse.
Entre elle c’est la guerre, puis une paix trompeuse s’installe. Chacune se vante de ses préceptes de vie. La plus âgée défend la cause des femmes et des humbles. La moins âgée soutient combien une actrice doit compter sur elle-même et sa séduction. Le début de la pièce est particulièrement percutant. L’on n’est pas habitué à voir Sarah Bernhardt représentée en sa jeunesse. Lassale en donne une image particulièrement éclatante, avant de déplacer sa comédie dans le domaine des idées, et aussi de l’érotisme (l’homme à tout faire plaît aussi à la vieille George Sand !). La mise en scène d’Olivier Macé met bien en valeur ce cheminement qui va de la pure rivalité à la compréhension profonde.
Marie-Christine Barrault, dans une sobriété habitée, incarne une George Sand à qui l’âge donne une nouvelle beauté et une nouvelle force. Elle fait de l’auteure de La Mare au diable un personnage saisi à a fois dans sa quotidienneté et ses replis méditatifs. Dans le rôle de Sarah Bernhardt, Christelle Reboul, comédienne dont le talent est fait de multiples miroitements, n’est plus l’interprète volontiers racinienne qu’on connaît mais une dominatrice joueuse, chez qui mots, gestes, querelles et apaisements surgissent en étincelles. Paul Perrier Little a une belle présence amusée dans le rôle discret du factotum. Avant tout, grâce à deux grandes comédiennes, Thierry Lassale et Olivier Macé savent nous montrer le plaisant spectacle de deux monstres sacrés à l’attaque et à la parade.

George et Sarah de Thierry Lassale, mise en scène d’Olivier Macé, décor ‘Olivier Prost, costumes de Jean-Daniel Vuillermoz, lumières de Denis Lemaître, avec Marie-Christine Barrault, Christelle Reboul, Paul Perrier Little.

Festival d’Avignon Off : Théâtre des Corps Saints, 20 h 20, tél. : 04 90 16 07 50, jusqu’au 28 juillet. (Durée : 1h 15).

Photo DR.

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