Dieu, Brando et moi de Gilles Tourman
Un comédien resté à l’abri de la gloire

Si l’on cherche à mieux comprendre Dieu, Brando et moi et à en démêler l’écheveau, on tire à tout coup un fil douloureux. Dans ce monologue bien tressé il y a la vie d’un comédien, Daniel Milgram, récemment disparu après une longue carrière : juif, il avait été sauvé des rafles nazies et protégé par un pasteur et la communauté protestante de Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire). Dans ce spectacle, il y a l’hommage que Milgram voulait rendre à ses sauveurs, il y a l’admiration d’un auteur, Gilles Tourman, qui, écrivant à partir d’une idée proposée par Milgram, salue un ami en contant sa vie avec les pirouettes d’une humeur triste et gaie, il y a l’admiration émue du comédien Patrick Simon qui, adoptant l’esprit de l’escalier, s’adresse au père de l’acteur disparu. Tout s’appuie donc sur une tragédie, mais le fameux humour juif renverse la tristesse et libère un souffle comique qui se déploie à grande allure, jusqu’à ce que le jeu s’arrête et que le scandale de l’antisémitisme et du génocide, dénoncé sans masque, interrompe les rires dans les dernières minutes.
Milgram n’a jamais rencontré Marlon Brando. Mais il se compare à lui sans cesse. D’un côté, en haut des affiches, Brando qui réussit tout, collectionne les femmes et les récompenses. De l’autre côté, cantonné aux dernières lignes de l’affiche, Milgram qui n’obtient que de petits rôles et séduit le plus difficilement du monde femmes, producteurs et directeurs. Dieu, pas plus que Brando, ne lui répond. Milgram resta toute sa vie à l’abri de la gloire des stars… La pièce de Gilles Tourman est d’une jonglerie parfaite. Elle sinue entre le faux et le vrai, l’énorme et le délicat, l’hilarant et le bouleversant. Bien dirigé comme sur le tapis d’un échiquier par Maurice Zaoui et par lui-même (en tant que co-metteur en scène), Patrick Simon s’élance comme sur un fil et parvient à n’être jamais dans la figuration historique et à rester magistralement sur une ligne d’une légèreté profonde, où tout est défi et élégance.
Dieu Brando et moi de Gilles Tourman, sur une idée de Daniel Milgram, mise en scène de Patrick Simon et Maurice Zaoui, musique de Han Zaoui, avec Patrick Simon.
Studio Hébertot, 19 h mercredi et jeudi, 21 h vendredi et samedi, 15 dimanche, tél. : 01 42 93 13 04, jusqu’au 17 novembre.
Photo Laurencine Lot.



