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Critiques / Opéra & Classique

Die Zauberflöte de Wolfgang Amadeus Mozart

par Jaime Estapà i Argemí

Mozart en vacances

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Oriol Broggi, très connu en Espagne en tant que metteur en scène de théâtre, a mis son talent pour la première fois au service d’un opéra. Son choix s’est porté sur « Die Zauberflötte », une décision osée car on devine les difficultés qui guettent tous les artistes qui s’approchent de W.A.Mozart. Avec une modestie affichée et grâce à ses expériences passées, Oriol Broggi a apporté une indéniable économie de moyens sur scène, et a imposé le minimum de contraintes dramatiques aux chanteurs. Certains ont ainsi pu chanter leur partition tout bonnement plantés sur le devant de la scène ; d’autres, au contraire, s’en sont donné à cœur joie pour mettre en valeur, en plus de leurs compétences vocales, leurs aptitudes théâtrales.
La bonne utilisation de la vidéo a fait le reste. Francesc Isern a fait montre d’une grande imagination en donnant un fond visuel à chacun des lieux et à chacune des situations dramatiques proposés par Emanuel Schikaneder, l’auteur du livret. Ces illustrations sont allées du réalisme le plus évident, au symbolisme le plus fermé -un tantinet difficile à décoder le plus souvent-, en passant par des moments où la simple stylisation des formes a pris le dessus. Sur scène les chanteurs ont donc eu l’occasion de travailler sans les contraintes d’un directeur de scène exigeant, en principe donc, dans les meilleures conditions possibles.
Au total, le travail d’Oriol Broggi et son équipe a été très acceptable car leurs décisions, ont permis d’optimiser les performances vocales de certains chanteurs et de faire apprécier au public la vivacité dramatique des autres. Et cela, en gardant à peu près lisible -grâce aux textes explicatifs récités par Christopher Robertson- l’inextricable histoire de la princesse, de l’oiselier, de la méchante mère, de l’institution maçonnique et de tout le reste.

Le travail des chanteurs

C’est certainement Olga Kulchynska -Pamina- qui a produit la meilleure impression sur l’auditoire. Elle a, en effet, réussi à faire ressentir au public le calvaire que lui a infligé l’affreux Monostratos. A la fin du conte, le théâtre tout entier s’est réjoui de sa victoire sur tous, et surtout sur elle-même. Malgré le fort accent métallique de sa voix, elle a très bien traduit les états d’âme de la princesse et a marqué la soirée de sa présence. Kathryn Lewek -la Reine de la Nuit, enceinte de sept mois- a chanté les impressionnantes coloratures de ses deux chansons, en force et avec une grande assurance. La soprano a été justement applaudie. Malheureusement, elle a laissé de côté la justesse des notes et le tempo demandé, dans la partie introductive de sa première intervention. Si Liparit Avetisyan a manqué de personnalité dans l’interprétation dramatique de Tamino, il a laissé un bon souvenir vocal, viril et délicat, de son passage par Peralada. Andreas Bauer a été un Sarastro élégant et solennel, très convaincant du point de vue dramatique, mais son manque de volume dans le registre grave, a quelque peu terni son travail. La prestation de Francisco Vas, impeccable acteur comme à son habitude, a été malheureusement ternie cette fois-ci par une moindre efficacité vocale que nous espérons passagère. Finalement, c’est Adrian Ërod qui a donné de son personnage -Papageno- la version la plus brillante, tout à fait conforme à l’idée que l’on peut se faire du sympathique oiselier. Sa dernière scène avec sa Papagena -Júlia Farrès-Llongueras vraiment hilarante- a été très drôle et justement appréciée.
Saluons aussi le travail des trois dames : Anaïs Constants, très présente vocalement, Mercedes Gancedo et Anna Alàs, ainsi que celui des trois garçons, devenus pour l’occasion six filles : Júlia Carreño, Núria Pou, Anna Ruiz, Aina Sala, Júlia Salamero et Núria Vives.
Le chœur du Liceu de Barcelona, bien préparé par Conxita García, a contribué au succès de la soirée.

L’apathie de l’orchestre

Dès l’ouverture, l’orchestre, sous les ordres de Josep Pons, s’est montré lent, passif, sans un minimum de dynamisme ni de légèreté. La tendance s’est malheureusement maintenue tout au long de la soirée. Sa performance s’est seulement améliorée par moments, lorsque Francisco Vas, ou Adrian Ërod, ou mieux encore,le duo d’artistes, était sur scène. Ils ont été les seuls à imposer ponctuellement le juste tempo avec un certain succès.
Dans la fosse, Mozart était parti en vacances cette nuit-là.

Die Zauberflötte ”Singspiel” en deux actes de Wolfgang Amadeus Mozart. Livret de Emanuel Schikaneder. Production Festival Castell de Peralada. Mise en scène de Oriol Broggi. Vidéo de Francesc Isern. Costumes de Berta Riera. Orchestre du Gran Teatre del Liceu. Direction musicale de Josep Pons. Chanteurs : Andreas Bauer, Liparit Avetisyan, Christopher Robertson, Kathrin Lewek, Olga Kulchynska, Júlia Farrés, Adrian Ërod, Francisco Vas et autres
Festival Castell de Peralada les 6 et 7 août.
www.festivalperalada.com
Téléphone +34 972 5381 25
Photos Toti Ferrer

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