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Critiques / Opéra & Classique

« Der fliegende Holländer » de Richard Wagner

par Jaime Estapà i Argemí

Où l’on parle de voiles sur des bateaux à vapeur

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Lors de la « Renaissance catalane », la Barcelone de l’entre-deux-guerres se nourrit de la musique et, dans une moindre mesure, des textes de Richard Wagner. Elle fut la première ville après Bayreuth à représenter «  Parsifal  » en toute légalité, et les cercles wagnériens – toujours actifs aujourd’hui - mêlèrent leurs canons esthétiques au « modern style » alors en grande vogue. Plus proche de nous, le « festival Wagner » de 1955 a rempli la ville de portraits du compositeur. Il n’en demeure pas moins que le 3ème acte de «  Tristan  » (sans sous-titres à l’époque) a toujours endormi la salle du Liceu et que, de la Tétralogie, on n’a représenté le plus souvent que « la Walkyrie ». Le «  Fliegende Holländer/Vaisseau Fantôme  » fut et reste le morceau préféré du public catalan, qui se souvient encore volontiers de la Senta de Anja Silja (1966-67) ou de la mise en scène de Willy Decker (1993-94). Le «  Vaisseau  » a été pour beaucoup de licéistes le moyen d’accès à la lyrique allemande, de Richard Wagner à Erich Korngold, en passant par Ermanno Wolf Ferrari et, évidemment par Richard Strauss, car cette « pièce de jeunesse » leur a offert une synthèse plausible entre les extases mélodiques et la « forza » du XIXème italien, siècle qu’ils continuent cependant d’affectionner par-dessus tout.

Le conte du « hollandais volant », âme en peine sauvée par l’amour inconditionnel d’une femme, a déjà été raconté de bien des façons : sous l’angle onirique (Willy Decker), terrifiant (Jean Claude Riber), ou encore sous la forme de conte à dormir debout pour enfants (Jean Louis Martinoty) par exemple. Alex Rigola a choisi, lui, un éclairage réaliste qui fait perdre au récit tout l’onirisme, la cruauté, le mystère, qui le rendent si prenant et qui justifient sa musique toute en envolées. Rigola dit avoir voulu effacer sa mise en scène au profit du chant et de la musique. On peut douter de sa déclaration, tant l’importance des décors – les bateaux à vapeur de Bibiana Puigdefàbregas sont remarquables-, et le grand nombre de détails - absurdes, grotesques et de mauvais goût pour la plupart- qui habillent son travail attirent l’attention du public vers la mise en scène.

Un « finale » qui a fait trembler les murs

Lors de la représentation du 13 avril, l’orchestre a attaqué l’ouverture avec des « fortissimi » démesurés par rapport aux dimensions de la salle, favorisant exagérément les métaux. Sebastian Weigle a maintenu ce parti pris tout au long de la pièce –donnée dans sa version continue – pour aboutir à un « finale » qui a fait trembler les murs. Susan Anthony –Senta- après la « ballade » nous a offert un quart d’heure précieux, de bonheur total, lors de son dialogue avec le hollandais. Julia Juon a été une Mary somptueuse, et Kurt Streit a été tout à fait honorable dans le rôle d’Erik. Eric Halfvarson – Daland – et Alan Titus – le Hollandais – ont eu des problèmes de justesse dans le registre aigu – Alan Titus en particulier – et des difficultés dans les registres graves, ce qui a déclanché l’hostilité d’une partie du public du « poulailler » à la fin du spectacle. Le chœur du Liceu, renforcé pour l’occasion par celui du « Palau de la Música Catalana » a réussi parfaitement sa mission, et ce malgré la gestuelle indigne d’une fête de fin d’année de CM2, imposée par Àlex Rigola.

« Der fliegende Holländer », opéra en trois actes, livret de Richard Wagner fondé sur le texte de Heinrich Heine « Aus den Memorien des Herren von Schnabelwopski ». Coproduction du Gran Teatre del Liceu et du Teatro Real (Madrid). Mise en scène d’Alex Rigola. Décors de Bibiana Puigdefàbregas. Direction musicale de Sebastian Weigle. Chanteurs : Alan Titus, Susan Anthony, Kurt Streit, Eric Halfvarson, Julia Juon, Norbert Enrst. Gran Teatre del Liceu les 4, 10, 13, 16, 17, 19, 21, 22, 24, 25 Avril de 2007

copyright photos Antonio Bofill

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