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Comédie-Française d’Agathe Sanjuan et Martial Poirson

par Gilles Costaz

Histoire politique et artistique du premier théâtre français

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Le rythme précipité de l’actualité nous oblige parfois à délaisser des événements ou des publications dont on regrette ultérieurement de ne pas en avoir rendu compte. La calme de l’été permet de réparer des injustices, comme celle de ne pas avoir jusqu’à aujourd’hui consacré d’article au livre d’Agathe Sanjuan et Martial Poirson, Comédie-Française, une histoire du théâtre, paru au cours de la saison écoulée. Les livres sur notre premier théâtre national sont innombrables ! Celui-ci ne reprend pas le principe de s’intéresser surtout à la troupe et à ses acteurs les plus connus. C’est une plongée plus riche dans le passé du Français et dans ses strates sociales, politiques, administratives, réglementaires et artistiques. Agathe Sanjuan est la conservatrice-archiviste de la maison de Molière, Martial Poirson un historien du théâtre et du cinéma. Ils aiment bien l’éclat de ce qui se passe en surface mais ils préfèrent encore l’épaisseur, ce qui sous-tend, ce qui conditionne, et donc ce qui définit une époque et la rend différente d’une autre.
Attention, un tel ouvrage ne peut intéresser que les passionnés de temps oubliés, les fous d’un théâtre jusque dans ses dimensions archaïques. Car il faut bien avouer que l’art dramatique, plus que la littérature ou le cinéma, accumule les fantômes et que les chercheurs viennent souvent nous parler d’ex-gloires dont nous ne savons plus rien. Par exemple, on connaît la bataille autour de l’Hernani de Victor Hugo, mais on connaît peu le système de la claque, organisé en « brigades », financé par des auteurs, des acteurs, des chapelles esthétiques : leur action est telle, nous disent Sanjuan et Poirson, que la loi et la police intérieure tentent, sans grande efficacité, d’organiser cette puissante machine à faire ou à défaire les succès. La claque est un exemple parmi des centaines d’autres. Sait-on aussi que le poste d’administrateur général – poste qu’occupe actuellement Eric Ruf - n’a été créé qu’en 1847 par un décret de Louis-Napoléon Bonaparte ? Cet administrateur est la représentation de l’Etat à l’intérieur de l’entité théâtrale. Auparavant, le Théâtre-Français fonctionnait comme une association de comédiens où les luttes étaient fréquentes. D’ailleurs, le livre de Sanjuan et Poirson est orchestré autour de la singularité d’un privilège accordé par Louis XIV en 1680 et d’une structuration juridique faite par Napoléon 1er en 1812 (le fameux « décret de Moscou ») : national et privé à la fois, le Français fonctionne sur deux jambes opposées et se permet des folies que la transformation en Etablissement public à caractère industriel et commercial en 1996 n’autorise plus tout à fait.
L’iconographie est abondante et, quoique le papier « avale » quelque peu la définition de l’image, permet un véritable voyage visuel à travers quatre siècles. Appuyé par cette richesse iconographique, le récit sans cesse méticuleux, chaleureux et parfois discrètement amusé d’Agathe Sanjuan et Martial Poirson fait de cette somme le texte de référence absolu sur le navire amiral de notre théâtre.

Comédie-Française, Une histoire du théâtre d’Agathe Sanjuan et Martial Poirson. Préface d’Eric Ruf. Editions du Seuil, 304 pages, 39 euros.

Photo : le Jeu de Paume de l’Etoile, rue des Fossés Saint-Germain, où la Comédie-Française s’installe en 1669. (Document Comédie-Française).

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